Juifs et anarchistes

Ouvrage coordonné par Amedeo Bertolo, éditions de l’Éclat, 2008, 224 p.

la chronique d’Achaïra à laquelle vous avez échappé le 24 février 2011

Il s’agit de contributions et de communications proposées au colloque qui s’est tenu à Venise, en mai 2000, avec pour thème : « Anarchistes et juifs » ; colloque organisé par le centre d’archives Giuseppe-Pinelli de Milan, en collaboration avec le CIRA de Lausanne et sous le patronage du département d’études historiques de l’université de Venise.

On ne s’étonnera pas que les « Anarchistes contre le mur »  ne soient pas cités dans ce travail car, à la date du colloque, ils n’étaient pas nés, c’est seulement en 2003 qu’ils apparaissent en public ; les « Anarchistes contre le mur » sont des Israéliens, de culture « juive », sans pour autant être de religion juive.

En revanche, on s’étonnera que, dans ce travail, la présence des Arabes palestiniens − qui occupaient les lieux bien avant que les Israéliens ne créent leur État − ne soit pas plus prise en compte et mieux abordée. Certes, la mention en est faite, mais l’actualité brûlante du conflit n’est pas le sujet de ce colloque. Ces Arabes palestiniens sont sinon transparents, du moins dans le fond du décor.

Nous aurions pu essayer de faire la recension la plus complète de ce livre, mais il se trouve que le travail a déjà été en partie accompli par Pierre Sommermeyer dans la revue À contretemps, n° 35, de septembre 2009 ; allez-y voir. On lira son texte avec le plus grand intérêt. Trop long pour y être intégralement publié sur papier, on le trouvera en ligne sur la Toile. Certes, s’il y a aussi à discuter, à échanger, sur le texte de Pierre Sommermeyer, nous pensons qu’il aurait eu honorablement sa place dans les actes de ce colloque : le hic, c’est que Pierre n’est pas un universitaire, pas exactement !

En bref, ce livre dit la rencontre improbable entre juifs et anarchistes ; rencontre qui se fait à partir d’une tradition messianique du judaïsme vers la justice sociale, le renversement des valeurs et la recherche d’un paradis sur terre ; autrement dit la révolution sociale !

Rencontre improbable, mais rencontre il y eut ! Sans agressivité de la part des révolutionnaires athées car l’universalisme libertaire aurait aplati la judéité des militants libertaires juifs ; il y aurait eu comme une indulgence plus grande envers cette religion que par rapport aux autres.

Ainsi, à la fin du xixe siècle, une jeune génération de juifs, surtout d’origine polonaise et russe, hésite entre une espérance messianique religieuse et un chambardement pour la justice sur cette terre, ici et maintenant.

Mais le sionisme ?

Pour Rudolf de Jong, le tournant vers le sionisme se prend au moment de l’affaire Dreyfus, et avec la condamnation du capitaine en 1894 : c’est le « déclencheur » d’un choix quand la population d’origine juive se rend compte que son assimilation par la nation française sera difficile, sinon impossible. Appréciation partagée dans d’autres pays. Ainsi, en 1897,  le congrès de Bâle verra la fondation du sionisme.

Dans un premier temps, le sionisme naissant aurait eu la sympathie de militants comme Kropotkine et Reclus (p. 121).

Il ne s’agissait pas précisément de créer un État juif, mais d’établir une « communauté » − terme emprunté à Gustav Landauer −, communauté qui aurait compris les Arabes.

Ainsi Martin Buber, qui émigra en Israël en 1938, militait pour une fraternité entre juifs et Arabes.

Pour Ida Mett − anarchiste d’origine juive et qui est citée dans le bouquin −, les juifs « réfugiés en Palestine ne sont pas des colons » ; ils se réfugient en cet endroit comme ils se réfugieraient ailleurs. Pour le moins, les choses ont bien évolué !

Mais l’État d’Israël sera créé en 1948.

Rudolf de Jong, dans son intervention, s’efforce à une objectivité plus que difficile. Les positions des uns et des autres évoluant au gré des fluctuations sociales et politiques ; pour ou contre Israël, on assiste à un balancement incertain : ainsi le regroupement en terre palestinienne sera-t-il bien vu après les pogroms, ainsi une forte sympathie mêlée de culpabilité se fera-t-elle après la Shoah, puis le contraire quand les territoires palestiniens seront occupés par les Israéliens, puis encore une volte-face quand l’OLP demandera la destruction d’Israël, position qui sera abandonnée en 1996, etc.

N’empêche, cet « oubli » des Arabes aurait eu, entre autres, le kibboutz comme alibi, comme le montre l’attitude d’un militant confirmé, Augustin Souchy, qui fit un séjour de quatre mois (1951-1952) en Israël, dans les kibboutz.

Parmi beaucoup d’autres, on pourra noter deux petites choses qui intéressent plus précisément le cercle Jean-Barrué et qu’il faudrait creuser :

La première, c’est à propos de Walter Benjamin qui aurait « entretenu un rapport d’engagement théorique important avec l’anarchisme, fondé sur la critique de la violence » (p. 60). Nous pourrons à l’occasion y revenir.

La deuxième, c’est quand un universitaire comme Michael Löwy qualifie Kropotkine d’anarchiste non violent (p. 104). Sans doute aurai-je mal lu !

En conclusion, on dira avec Mina Graur (p. 142) que la création de l’État d’Israël a marqué la victoire du sionisme sur l’anarchisme.

De toute façon, allez-y voir vous-mêmes et on en discutera.

Bonne nuit à vous !

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