Achaïra n°180 : Coup d’état d’urgence et daeshchéance

Coup d’état d’urgence et daeshchéance

Un état d’urgence pour masquer des tas d’urgence !

C’est une étape supplémentaire dans la déjà longue histoire, plus de 30 années de discours et de politiques sécuritaires de plus en plus répressives.

Elles visent à passer d’un État de droit à un État policier.

Les attentats sont venus à point nommé pour donner de la dynamique à ce discours sécuritaire déjà à l’œuvre.

C’est la volonté de faire passer l’exécutif devant le judiciaire.

De fait, c’est un changement des règles du jeu.

A cela s’ajoute un discours essentialiste sur la délinquance, c’est le discours de Sarkozy devenu vallsien avec le « non à la culture de l’excuse ».

C’est aussi l’essentialisation autour d’un certain discours sur la laïcité. C’est une politique par la peur de l’autre, l’autre l’intérieur du territoire national, comme à l’extérieur. La peur de l’islamisme remplace la peur du communisme des années 50.

Au niveau idéologique, on assiste à un processus de décomposition, peut-être en attente de recomposition. C’est une crise en 3 niveaux :

– Crise idéologique : confusion des valeurs / père des valeurs fondamentales de chaque camp

– Crise des organisations politiques : tout le monde a bien compris que ce n’est plus dans ces organisations que se décide le présent ou s’élabore l’avenir

– Crise des modes d’action : les mobilisations traditionnelles de rue ne changent plus la vie, quand plus d’un million de manifestants dans les rues, soutenus par plus de 75% de l’opinion et le gouvernement ne vacille pas sur les retraites.

Sur les attentats, on est passé du « Je suis Charlie », assez vite, au « Nous sommes Charlie », excluant et essentialisant ceux qui ne le sont pas. Encore la recréation de l’ennemi intérieur, qui unit contre lui, mais sur quelles bases ?

La source de ces discours politiques, quelle que soit l’alternance des gouvernements, se trouve régulièrement dans la presse et chez les penseurs d’extrême-droite. La reprise de ces discours répond à des logiques politiciennes et électoralistes qui finissent par donner leurs « lettres de noblesse » aux idées d’extrême-droite.

La France connait 3 niveaux de régimes d’exception :

– Les pleins pouvoirs, les pouvoirs exceptionnels du Président ou « pouvoirs de crise »

– L’état de siège

– L’état d’urgence

La gauche a pratiqué par le passé l’état d’urgence sous Guy Mollet. Il y a une continuité.

1955 : l’institution de l’état d’urgence fait suite à une vague d’attentats perpétrés par le Front de libération nationale (FLN) algérien à partir de novembre 1954. L’état d’urgence concerne les départements qui formaient l’Algérie française.

1958 : après le coup d’État d’Alger du 13 mai, l’état d’urgence est déclaré pour trois mois sur le territoire métropolitain à compter du 17 mai.

1961 : l’état d’urgence sur tout le territoire métropolitain est décrété le 22 avril 1961 après le putsch des généraux à Alger. Il est prorogé plusieurs fois jusqu’au 31 mai 1963.

1984 : en décembre 1984, l’état d’urgence est décrété en Nouvelle-Calédonie.

2005 : l’état d’urgence est décrété le 8 novembre pour mettre fin aux émeutes dans les banlieues permettant ainsi aux préfets des zones concernées de déclarer des couvre-feux. L’état d’urgence concerne tout ou partie de vingt-cinq départements, parmi lesquels la totalité de l’Ile-de-France. L’état d’urgence prend fin le 4 janvier 2006.

Il y aura une révision de la loi Taubira sur les peines, avec la retenue administrative de 4 heures, pour ceux que leur comportement laisse supposer qu’ils ont des choses à se reprocher ! avec les fouilles à domicile, la récupération des donnée informatiques, sans le contrôle d’un juge judiciaire.

Nous ne sommes pas près de sortir de l’état d’urgence quand Valls dit : « on arrêtera l’état d’urgence quand on en aura fini avec Daesh » sur la BBC.

Il s’agit bien d’habituer les populations à un état de guerre civile permanent.

Voilà donc bien des raisons de défendre nos libertés et de convaincre ceux qui nous entourent qu’il ne faut pas soutenir l’état d’urgence, qu’il y a des raisons de s’inquiéter.

On le dit bien : « la peur est mauvaise conseillère ».

Bien sûr, ces politiques sécuritaires ne garantissent ni la sécurité ni les libertés.

Après plus de trente ans de politiques sécuritaires, il y a 150 morts à Paris, on les a pas vu arriver, on les a pas vu repartir les terroristes !

Cette politique ne vise qu’à faire croire que quelque chose est fait, mais elle génère la haine.

Faire confiance aux représentants de la nation ? les élus du peuple ? Quasi comme un seul homme, ces élus ont adopté l’état d’urgence, hormis 6 députés, dont un écologiste et 5 socialistes !

Il y a eu des réactions de la société civile, avec des initiatives locales comme à Bordeaux autour du Comité de Lutte contre les Abus Policiers (CLAP33) qui sensibilise et mobilise sur l’état d’urgence depuis plusieurs semaines. Elles proposent une initiative le samedi 6 février à 14h place Fernand Lafargue à Bordeaux. Dans plusieurs villes en France, il y aura des initiatives associatives de ce type, ce jour-là, comme à Lille avec la rencontre festive contre la guerre et l‘état d’urgence. C’est aussi 2 appels nationaux de collectifs d’associations et de syndicats soutenus par des partis politiques. Ils ont appelé de mobilisations partout en France le samedi 30 janvier 2016. Ils appellent à un rassemblement à l’Assemblée nationale, le vendredi 5 février 2016.

Alors, rompons l’état d’urgence et balayons les discriminations sur la ou les nationalités !

On signalera aussi l’appel d’anarchistes charentais demandant leur déchéance de nationalité en réaction à ces annonces gouvernementales. Appel signé des Francs Tireurs Partisans d’une citoyenneté mondiale.

On vous recommande tout particulièrement de visiter le site de la Quadrature du Net qui s’est fortement mobilisé pour décortiquer toutes ces lois sécuritaires, en particulier dans leurs implications numériques, jusqu’à cette dernière, et ils proposent une lettre automatique de refus !

Philaud

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