Achaïra n°172 : « sortir de la brousse » : Les silences ont la parole

2/02/2015

Indociles, les émotions écrasent les travers hésitant.

Fébriles, les mondes s’entrechoquent de figures désapointées, d’ironies étirées jusqu’au levé des râles associés aux grilles des parloirs, des parlements.

Les sénateurs, du haut de leurs tribunes dorées, montrent les doigts, accusateurs aux longues dents, galeux sans chien. Errants sur place.

Mes mains pourtant ont la parole, elles savent caresser, marteler le plaisir.

Les sourds et les muets crient dans le silence, après l’apocalypse.

Ils éclipsent en mouvement les désorientations, trimards fossilisés.

Plus un bruit dans ce nouveau monde, plus d’alarmes aiguisantes, plus de mots corrompus.

Seules, les vibrations retentissent aux coeurs des survivants. Suivez la pulsation, elle prêche en rythme le parcours pénitent. Elle apaise dans le mutisme les adages furtifs.

Les bruits et les fureurs ne font plus la loi.

Non ! Les silences ont la parole.

Les vagues assourdissantes ne déciment plus les bienveillances arrogantes.

Tranquilles, les oreilles s’habituent à la quiétude ébourifante de cette planète engloutie, le repos intérieur offert, au premier plan, un premier pas.

Fébriles, les vociférations se consolent puis s’endorment, cicatrisées, recousues.

Dans les champs de coton, leur solitude, seulement les regards se beuglent en coeur, le couvre feu respecté en étendart flottant.

Les drapeaux transparents sont nos nouvelles couleurs. L’hymne aphone, notre tube de l’été jusqu’aux hivers plus doux à retrouver conquérant.

Plus de sons stridents, plus de visions criardes.

Le temps est donné aux sans voix.

Oui ! Les silences ont la parole.

Les révoltés sourient aux pupitres affables des juges en sourdines qui ne jouent plus aux féroces soldats des dictatures démocratiques. Ils ne pactisent plus non plus avec les patrons, trop arrogants. Encombrements. Ils se rejoignent maintenant dans ce nouveau monde, à l’écoute du moindre battement, du plus petit vent de cil.

Bourreaux et criminels.

Regardez,

les cygnes volent au dessus des lacs impitoyables, le ricochet de nature. Leurs cercles étoudissent puisqu’ils sont infinis, multitudes, recommencement.

Vagues approuvées de circonstance.

La hargne a déserté ces plateaux d’un genre nouveau, inéprouvé.

Tout est à reconstruire, inattendu, dans ce calme intervalle, sans confusion et sans vacarme.

Le drame de vivre ne cri plus son émoi.

Puisque ! Les silences ont la paroles.

Les hachoirs tailles effilés dans le gras des missionnaires trop blancs.

Ils meurent aujourd’hui sans un bruit puisque ce n’est plus leur tour.

Nous l’avons déjà dit.

Place aux sans votes, aux sans abris.

Que leurs armes taciturnes les conduisent sur les marches des tribunaux, loin des taudis de tôles que sont leurs demeures à roulettes sans batterie.

Armons les sans-maison, de papiers, de crayons, de chansons et de belles histoires.

Armons les de tendresse, de confiance, de regards souriant, de douceur.

Parlons leur d’amour, parlons leur du jour, parlons leur tout court.

Donnons leur la clé de la terre renouvelée.

Aimons les sans détours, sans recours, jusqu’aux dernières heures des foires, raccompagnés par d’indélicats vigiles, nos images perduent dans les mirroirs fissurés trouvés au fond des bennes.

La mémoire retrouvée dans les chroniques humanistes aux tristes rebonds. Ils se sont levés, ils ont parlés, tentés. Crevés.

Désormais ! Les silences ont la parole.

Après le chaos, dans la poussière, les yeux se sont fermés, les bouches se sont fermées.

Mais, les bras se sont ouverts, les paumes se sont fraulées, les doigts entrelacés.

Chaleur, moiteur, onde réciproque. Donnation tatonnante.

Nous nous sommes reconnectés.

Sur ce sol vierge, dans ce désert, les humains vont reprendre sans un mot, leur marche solidaire.

« HU-NAMI » !

La terre va trembler, émue de l’unité recouvrée, rattrappée, regagnée.

Elle tremble comme l’on jouit. Jouissons de coutume, sexes souriant.

Chut… C’est loin d’être fini.

N’écoutons plus.

Les silences ont la parole.

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