Chronique raisonnable n°4 – Achaïra n° 115 du jeudi 22 septembre 2011

Chronique raisonnable n° 4 – Jeudi 22 septembre 2011

ou Petite leçon d’autodéfense intellectuelle

Nous continuons notre chronique raisonnable avec cette 4ème intervention et toujours un même objectif :

  • apprendre à soumettre à la critique les informations reçues,
  • les soumettre à notre raisonnement afin
    • de prévenir les manipulations et
    • de démonter les croyances,
    • que chacun puisse faire sienne la pensée critique et
    • contrôler les peurs avec lesquelles les pouvoirs veulent nous manipuler.

Etre libre, c’est ne plus avoir peur et être responsable de sa vie.

Aujourd’hui, nous continuons ensemble sur L’art de la fourberie mentale et de la manipulation : avec les paralogismes informels.

Lors de l’émission précédente nous avons parlé des syllogismes, rappelez-vous !.

Tous les hommes sont mortels

Socrate est un homme

Donc Socrate est mortel

Nous avons distingué validité d’un raisonnement et véracité d’une conclusion.

Nous avons enfin et surtout traité des argumentations qui ne tiennent pas la route et incitent à tirer de mauvaises conclusions, les raisonnements appelés sophismes ou paralogismes.

En particulier, nous avons examiné les paralogismes que l’ont dit formels quand le raisonnement est invalide, que la conclusion ne découle pas des prémisses. Aujourd’hui, il est temps d’aborder les très nombreux paralogismes informels, qui sont très courants et doivent être repérés aisément.

 

Commençons par le dénommé « faux dilemme » :

Il s’agit de forcer le choix de l’auditoire à l’image du magicien qui demande de choisir une carte et se débrouille pour la carte choisie soit celle qu’il avait lui choisie, le reste sert à masquer la manipulation initiale.

Un vrai dilemme survient lorsque nous sommes face à une alternative réelle avec deux et seulement deux choix possibles !

Le faux dilemme consiste à ne présenter que deux choix possibles parmi l’ensemble des choix réels existants (mais peut-être peu connus).

Quelques exemples :

Ou la médecine peut expliquer comment Madame M. a été guérie, ou il s’agit d’un miracle. La médecine ne peut pas expliquer comment elle a été guérie. Il s’agit donc d’un miracle/

Si on ne diminue pas lé dépense publique notre économie vé s’effondrer.

 

Tu utilises beaucoup trop d’éclairage inutile dans ta maison et ça gaspille de l’énergie.

Qu’est-ce que tu voudrais ? Que je m’éclaire à la bougie ?

 

America : love it or leave it ! qui rappelle La France : on l’aime ou on la quitte !

Si on nous présente un dilemme, il faut nous assurer qu’il s’agit d’un vrai dilemme et qu’il n’y a pas d’autres choix possibles, avant de sauter à la conclusion. L’art du manipulateur étant de fournir un choix peu souhaitable afin que l’on accepte son choix.

Passons à la « généralisation hâtive» :

Ce paralogisme consiste à généraliser trop vite des conclusions générales à partir de trop peu de cas.

Par exemple :

Tous les patrons sont des margoulins, la preuve j’en connais plusieurs

L’acupuncture ça marche : mon frère a arrêté de fumer en consultant un acupuncteur.

S’il est souhaitable de pouvoir tirer des conclusions un ensemble à partir de l’observations d’un nombre limités de sujets de cet ensemble, mais cela nécessite de mettre en œuvre des méthodes s’appuyant sur les statistiques ou les théories d’échantillonnage. Les questions posées étant de savoir si l’échantillon est suffisant et représentatif de l’ensemble.

Parlons du « hareng fumé» :

Nous dirons plutôt qu’il s’agit d’« enfumage ».

C’est un art où excellent les enfants.

Ne joue pas avec ce bâton pointu, tu pourrais te blesser.

Ce n’est pas un bâton, papa, c’est un laser bionique.

Mais, c’est aussi un art adulte. Imaginons, une discussion sur le réchauffement climatique quand un intervenant déclare :

Ce dont il faut se soucier, c’est de ce gouvernement infiniment trop régulateur de l’économie, de ces armées de bureaucrates qui édictent sans cesse des règles et des lois qui empêchent les gens d’avoir des emplois décents et de faire vivre leurs familles.

Ca sent très fort l’enfumage.

Cette stratégie consiste à donner l’impression de participer au débat, alors que nous sommes dans la diversion.

Cette stratégie sera très efficace pour saboter un débat auquel n’est consacré qu’un temps limité. Par exemple dans une discussion sur la liberté d’expression, si un intervenant choisi de traiter d’Internet en parlant de son histoire, de son fonctionnement et de ses caractéristiques, il ne restera que peu de places pour aborder le sujet initial.

Pour se prémunir de ces diversions qui sont avouons-le fréquente, il ne faut pas perdre de vue le sujet discuté ou les problèmes traités et demander si besoin d’y revenir.

Abordons « l’argumentation ad hominem» :

Il s’agit d’une argumentation contre la personne et c’est un des paralogismes les plus efficaces. Il consiste à s’en prendre à la personne plutôt qu’aux idées qu’il énonce.

Par exemple dans une discussion entre gens de gauche, quelqu’un met en avant une idée de l’économiste monétariste Milton Friedman, la réponse immédiate qui lui est faite est que Friedman est un économiste de droite et que donc l’idée ne mérite dés lors aucune considération, au lieu de comprendre et de chercher à réfuter l’idée en question.  On appelle cela un empoisonnement du puit.

Ilk peut être légitime parfois de mettre en doute une proposition en raison des traits de caractères de son auteur. Par exemple, on comprendra qu’un policier refuse de prendre au sérieux la plainte de Monsieur Guain qui prétend pour la huitième fois en trois mois avoir été enlevé par les extra-terrestres. Il peut aussi être utile de savoir qu’une personne est ou non daltonienne lorsqu’elle prétend avoir vu une voiture rouge.

Il faut aussi distinguer l’attaque ad hominem de l’accusation d’hypocrisie. Si une personne ne pratique pas ce qu’elle soutien être vrai, on pourra dire que sa pratique est inconsistante avec sa théorie ou qu’elle fait preuve d’hypocrisie.

Le principe est que des idées ou des arguments valent par et pour eux-mêmes et on ne peut les réfuter en attaquant le messager.

Abordons « l’appel à l’autorité » :

Il nous est impossible matériellement d’être des experts en tout et nous devons souvent sur une grande variété de sujet consulter des autorités et nous en remettre à elles.

Il faut des conditions à cela :

–         l’autorité consultée dispose bien de l’expérience nécessaire pour se prononcer ;

–         il n’y a aucune raison de penser qu’elle ne nous dira pas la vérité ;

–         nous n’avons pas le temps, le désir ou l’habileté nécessaire pour chercher et pour comprendre nous-mêmes l’information ou l’opinion à propos de laquelle nous consultons l’expert.

–         Même lorsqu’il est raisonnable de s’en remettre à l’avis des experts, il reste sain de conserver au moins une petite dose de scepticisme.

Il faut cependant noter trois cas de figure où l’appel à l’autorité est fallacieux :

1 – L’expertise se révèle douteuse ou fallacieuse, le domaine invoqué n’existe pas ou il n’y a pas les moyens d’avoir des certitudes

Ex : professeurs de bonté, experts en gentillesses, écoles de générosité. Ou bien il n’y a pas de consensus entre les experts et donc en invoquer un est fallacieux pour trancher un débat.

2 – L’expert a des intérêts dans ce dont il parle. On peut penser que ses intérêts orientent ou commandent son jugement

Ex. des chercheurs qui affirment que le tabac n’est pas nocif et qui sont financés par des compagnies de tabac. Ou tel laboratoire pharmaceutique qui publie ses propres travaux pour vanter se produits.

3 – L’expert se prononce sur un sujet autre que pour celui pour lequel il dispose des connaissances légitimes.

Ex : un prix Nobel de médecine se prononce sur des questions d’éthique. Ou Einstein, un physicien important n’a pas plus de poids sur un sujet de société que n’importe qui.

Cette catégorie peut être étendue aux vedettes, aux personnalités publiques,

Enfin, on terminera sur le poids des proverbes et de la sagesse populaire.

Il est nécessaire de se méfier des raisonnements basés sur le « c’est bien connu. »

Par exemple : « il vaut mieux être seul que mal accompagné », mais aussi « Bien mieux à deux que seul » la même sagesse populaire.

« Tel père, tel fils » mais « A père avare, fils prodigue ». « Qui se ressemble s’assemble » mais « les contraires s’attirent ».

etc….

Nous terminons ici la présentation des paralogismes formels. Nous verrons dans notre prochaine émission des paralogismes informels tels que « le faux dilemme », « la généralisation hâtive », « le hareng fumé » ou « enfumage », « l’argumentation ad hominem », « l’appel à l’autorité », « la pétition de principe », «  le précédent est la cause », « l’appel au peuple », pour commencer.

Pour vous détendre, je vous conseille toujours de regarder avec profit : la Conférence gesticulée Franck Lepage ou la langue de bois décryptée avec humour. Vous la trouverez sur Internet via un moteur de recherche (visiter aussi http://www.scoplepave.org/ ou  http://tvbruits.org/)

Et bien sûr, n’oubliez pas notre ouvrage de référence : le « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Normand Baillargeon, publié chez Luz en 2006.

Lorsque vous écoutez pensez à retrouver la construction des raisonnements employés, quelle est leur validité et ensuite quelle est la véracité des prémisses. Déjà, cette analyse laissera moins de place à l’émotion manipulatrice voulue.

 

A dans quinze jours.

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