Vers la révolution de l’énergie

Ce texte date un peu (il a 11 ans), son intérêt est de placer la question nucléaire en perspective telle que nous pouvions nous la poser déjà à l’époque. Certaines illusions y sont à remarquer, comme la piste des bio-carburants, aujourd’hui dénoncés car détruisant les zones nécessaires à l’agriculture alimentaire malheureusement en régression dans de nombreux territoires de la planète.

Le choix du « tout nucléaire » fait par la France il y a 40 ans environ est un choix qui se révèle catastrophique.

Ce choix est une prise de risque sur la santé publique en cas d’accident, Tchernobyl, dans son type de centrale, n’a fait que rajouter à l’évidence que l’erreur était humaine et parfois non mesurable en conséquence.

Ce choix a été un pari qui est à ce jour perdu de la capacité des chercheurs de l’atome à trouver la solution au recyclage des déchets radioactifs. Le sort de Creys-Malville montre une des impasses, l’efficacité des usines de retraitements du type La Hague se révèle insuffisant à produire des déchets sans danger.

Ce choix se révèle de plus en plus coûteux économiquement. Les évaluations de rentabilité des centrales n’ont jamais pris en compte les coûts de neutralisation et de démolition de la centrale au terme de sa vie, échéance toujours repoussée plus loin pour ne pas aggraver le peu de rentabilité de cette technologie.

Si 80 % de la production française d’électricité est d’origine nucléaire, ce n’est que 15 % de l’énergie utilisée par les consommateurs qui vient de cette même source. C’est 72 % de la consommation d’électricité, le reste de la production étant exporté.

Et pour ce qui intéresse le cœur de cet article, elle a drainé toutes les subventions de recherche sur les autres sources d’énergie, laissant la recherche et le développement français à la traîne dans ce domaine. Pourtant, toute réflexion économique durable sait qu’il faut diversifier ses ressources. « On ne doit pas mettre tous ses œufs dans le même panier » !

Pourtant des recherches et des avancées importantes ont eu lieu ces dernières années sur les sources « alternatives » d’énergie.

Tout d’abord, une bonne réflexion sur les ressources énergétiques doit porter sur la destination de ces ressources, c’est-à-dire sur les dépenses.

Cela passe par un travail et une réflexion généralisé sur les économies d’énergie et sur les gaspillages. Travail déjà enclenché et à poursuivre.

Nous n’aurions pas d’autres choix ! Mais que font les autres pays ?

La Grande Bretagne a gelé tout développement de programme ;

La Belgique ferme ses réacteurs nucléaires au fur et à mesure de leur vieillissement ;

En Irlande, malgré une décision de construction en 1974, aucune centrale n’a vu le jour ;

En Suisse, le Conseil Fédéral a décidé en 1998 d’abandonner progressivement le nucléaire ;

Au Portugal, les plans prévus dès 1971 furent définitivement abandonnés en 1975 ;

En Espagne, aucune centrale en construction ou en projet depuis 1981 ;

En Italie, après Tchernobyl, les 4 réacteurs en fonction furent fermés. L’abandon définitif du nucléaire fut prononcé en 1988 après référendum ;

En Grèce, les différents plans de construction prévus n’ont jamais été menés. En 1982, le gouvernement a décidé qu’aucun réacteur nucléaire ne serait construit.

Le Luxembourg n’a pas de réacteurs nucléaires ;

L’Allemagne ferme 19 centrales d’après les prévisions du contrat de gouvernement SPD-Grünen.

Au Danemark, les 5 réacteurs nucléaires prévus en 1976 n’ont jamais vu le jour. En 1985, le gouvernement a pris définitivement position contre l’énergie nucléaire ;

La Suède qui comptait 12 réacteurs nucléaires a décidé en 1997 la fermeture progressive de l’ensemble de ceux-ci.

En Norvège, les plans de construction prévus furent définitivement abandonné en 1986 ;

L’Autriche abandonne le nucléaire après référendum en 1978. La seule centrale du pays, construite, n’a jamais fonctionné ;

Au Pays-Bas, le dernier réacteur nucléaire en activité devrait être arrêté d’ici 2003 ;

Et aux États-Unis, aucune centrale nucléaire n’a été commandée depuis 26 ans. Les canadiens ont décidé en 1997, suite à différents incidents, la fermeture de 7 centrales.

(sources Greenpeace)

Ces pays ont-ils fait le choix de la bougie ? Non bien sûr !

Simplement, ils ont stoppé la fuite en avant d’EDF, de la COGEMA et de l’État français.

Ils ne se lancent pas dans l’exportation d’électricité, ni ne fonctionnent en surcapacité.

Ils ont construit immédiatement des centrales thermiques peu polluantes et économes, ceux qui ont fait le choix d’une sortie très rapide du nucléaire, ont fait fonctionner au maximum les installations thermiques existantes.

Ils ont développés les économies d’énergie avec toujours le souci de l’efficacité énergétique.

Ils développent toujours et encore les énergies renouvelables.

Le souci de l’efficacité énergétique passe par la cogénération, cela consiste dans la récupération des énergies perdues pour la production même et lors du transport de l’énergie. Par exemple, sur 100% d’énergie dite primaire, il y a des dépenses de transformation en électricité. Pour le nucléaire c’est 70 % qui sont consommés dans la centrale et 6 % dans le transport par câble, il reste 24 % d’énergie disponible. Avec la cogénération, en produisant l’électricité, on récupère la chaleur dégagée par les turbines fonctionnant au bois, au gaz, au biogaz (méthane issue de la décomposition), …Donc sur une source de 100 % d’énergie primaire, c’est alors 20 % qui sont consommés pour la transformation en électricité.

Le champ, bloqué en France, des énergies renouvelables est riches de possibilités. Et ceux d’autant que d’autres pays ont largement fait évolué les technologies.

L’énergie hydraulique représente à ce jour 13% de la production d’électricité en France. 90 % des disponibilités françaises sont utilisés, mais c’est seulement 1/6 au niveau mondial.

L’énergie éolienne se révèle un gisement supérieur à la consommation électrique. Les technologies d’avenir seront développées avec des éoliennes offshore. Des projets danois sont en cours de réalisation pour 2000. Ces plates-formes regrouperont une centaine de machines de 1,5 MW soit 150 MW installés. Il y a 3 fermes installés en France ( Port La Nouvelle, Dunkerque et Donzère).  Le coût du kWh éolien est maintenant équivalent voir inférieur au coût du kWh nucléaire si tous les coûts étaient pris en compte. Fin 1998 en puissance installées, la France produisait 15 MW, alors que l’Espagne était à 555 MW, le Danemark à 1 200 MW et l’Allemagne à 3 000 MW.

Le solaire thermique consiste dans la production d’eau chaude et de chauffage pour les besoins de la maison.

Le solaire photovoltaïque consiste de la transformation de la lumière en électricité grâce à des capteurs solaires. Ces technologies nécessitent de passer à une phase d’industrialisation pour arriver à des coûts acceptables par tous.

Le bois pour le chauffage est une solution en complément à condition de respecter les rythmes de reproduction de la ressource, c’est-à-dire la forêt.

Le Biogaz, c’est la production de méthane par toute matière organique soumise à la fermentation en vase clos, à l’abri de l’air. En France, pourraient être installé 50 à 100 000 sites de fermentation qui produiraient en moyenne 10 m3/h soit 50 Wh. A ce jour il existe moins de 10 installations. Des recherches sont aussi à continuer du côté des bio-carburants.

On le voit, nous avons la possibilité de ne pas être enfermés dans le tunnel du nucléaire. Choix que nous impose EDF et les divers gouvernements qui se sont succédé, jusques aux plus pluriels.

Nous devrons nous poser la question de savoir si EDF joue vraiment son rôle de service public. Nous devons ici interpeller les travailleurs d’EDF, au nom des risques qu’ils prennent eux-mêmes et de ceux qu’EDF nous fait prendre, pour qu’ils s’associent aux différents mouvements qui réclament toute l’information. Ils devraient mettre leurs compétences au service d’une réflexion la plus large sur les alternatives au nucléaire. Nous ne pouvons que constater sur ce sujet combien l’attitude des organisations syndicales, au moins les majoritaires, alignent leur discours énergétique sur les choix et les discours de l’entreprise. Ce n’est pas comme cela que l’on défend le service public, on ne le défend pas contre le public. On le défend en permettant l’intervention du public dans toutes les instances de cet établissement. Sinon il sera très difficile de s’associer aux salariés quand il s’agira d’empêcher la vente d’EDF aux grands groupes financiers et sa privatisation.

Nous avons la responsabilité d’orienter la politique énergétique dans le choix de la diversification et des énergies renouvelables.

Le 15 avril 2000
Philippe ARNAUD (groupe Emma Goldman – Bordeaux)

Sources :

  • « Par ici la sortie… du nucléaire » (44 pages Réseau Sortir du nucléaire www.sortirdu nucléaire.org)
  • « Tout nucléaire : une exception française » ( 110p Perline – L’Esprit Frappeur)
  • « Sortir du nucléaire, c’est possible avant la catastrophe » (126 p., Bella & Roger Belbéoch – L’Esprit Frappeur)
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