Achaïra n° 202 : Chronique de la désobéissance : Le socialisme sauvage

Le socialisme sauvage

De quoi s’agit-il ? De revisiter théories et pratiques de la représentation ouvrière au travers des principaux événements révolutionnaires vécus de par le monde ; événements qui vont de la Révolution française de 1789 jusqu’aux actions des zadistes, tout en passant par les révolutions russe et allemande, le Chiapas, etc.

Pratiques dénommées « sauvages », car en dehors du système électoraliste politicien qui accorde, en confiance, un mandat en blanc.

Il s’agit, de notre côté, de donner toute sa valeur à la notion de « mandat impératif ».

Les multiples références marxistes, libertaires, conseillistes, etc. témoignent de la large ouverture d’esprit de l’auteur : Charles Reeve.

La Grande Révolution française n’a été qu’une révolution installant la bourgeoisie au pouvoir. Elle eut cependant le mérite de poser le problème de la souveraineté populaire et de l’égalité des citoyens. Elle eut le travers d’avoir aussitôt corrigé ce premier mouvement par le système parlementaire représentatif qui voilait inégalité sociale et réalité du pouvoir économique ; le peuple ne pouvait que déléguer.

La Commune de Paris de 1871 en appelle, elle, à une « démocratie pure », c.-à-d. à des mandataires contrôlables et révocables à tous moments. La Commune sera le début d’une ère nouvelle marquée par une administration gérée par la classe ouvrière : l’évolution du capitalisme avait aiguisé le conflit des producteurs contre les bourgeois.

Au début du XXe siècle, des grèves générales furent la réaction naturelle du mécontentement ouvrier face au développement du capitalisme ; grèves qui surprirent les dirigeants autoritaires de la social-démocratie qui se pensaient les dépositaires de la conscience de classe. Ces grandes grèves, animées par un esprit syndicaliste révolutionnaire, éclatèrent spontanément dans plusieurs pays européens. Les prolétaires, mandatant comités et conseils, montraient par là qu’ils délaissaient leur attitude d’obéissance envers les organisations politiques et syndicales.

Les révolutions de 1905 et de 1917 en Russie mirent également en avant l’idée de conseil (ou de soviet). C’est l’effacement des institutions étatiques, provoqué par les événements, qui obligea les soviets à prendre leur place au niveau de l’ensemble de la collectivité sociale. D’organes de combat qu’ils étaient, ils ne purent se transformer en organes d’autogestion de la société, réduits rapidement en tutelle par le prétendu État prolétarien.

D’une révolte contre la guerre naquirent la révolution russe et également la révolution allemande de 1918-1921 ; cette dernière vit se constituer en grand nombre des conseils de soldats et d’ouvriers. Pour parer le danger révolutionnaire, l’État impérial appela au pouvoir la social-démocratie qui s’intégra naturellement à l’institution étatique. La révolution viendrait plus tard, une fois pleinement développées les forces productives. Ce fut une autre guerre qui vint ; après le massacre des forces révolutionnaires par le social-démocrate Noske.

L’idée des conseils comme « base d’un système d’auto-gouvernement et de socialisation de l’économie » agita les révolutionnaires allemands – et quelques autres –, et fut essentiellement développée par Anton Pannekoek.

Charles Reeve montre une grande lucidité quand il avance que « penser une transformation radicale du monde est, en soi, un défi pour l’esprit. Mais la penser en ignorant, ou en écartant, les tâches de reconstruction sociale, voilà qui double le défi ».

Si les révolutions russe et allemande naquirent d’une révolte contre la guerre, la révolution espagnole de 1936, pour sa part, fut dévorée par la guerre civile ; révolution préparée de longue date, révolution inachevée mais qui, sans aucun doute, alla plus loin que les précédentes dans ses réalisations sociales globalement nommées « collectivités ». Mais, là comme ailleurs, l’intégration institutionnelle se révéla fatale.

Quelques années après la fin de la guerre d’Algérie, la France de mai 1968 semblait s’être figée dans le gaullisme, tandis que le monde ouvrier, amorphe, vivait sous la domination du Parti communiste. Et puis, soudain, l’édifice se craquela, dix millions de travailleurs dirent leur ras-le bol et se mirent en grève. Et, d’un seul coup, tout sembla possible… Spontanément se mirent à éclore et à se développer des organes de représentation directe des travailleurs : comités de base, comités de grève, assemblées, comités d’action, etc.

Maintenant, après l’échec du communisme d’État, la social-démocratie a, de son côté, rejoint le capitalisme néolibéral ; un rideau de fer est tombé devant notre avenir.

Contre la paralysie politique des esprits, en 1994, le Chiapas et ses habitants ont su ouvrir un nouvel espace social en agissant, à la base, de la manière la plus démocratique et égalitaire possible, « commander en obéissant » ; et ils disent vouloir « changer le monde sans prendre le pouvoir ». L’idée a essaimé internationalement avec des mouvements comme Occupy, Nuit debout, les « indignés », les printemps arabes, les ZAD, etc.

Sont-ils une nouvelle forme de la lutte des classes, la progression du capitalisme ayant quasiment tétanisé ou pulvérisé ces dernières ?

Je vous donnais quelques éléments du livre très dense de Charles Reeve :

Le Socialisme sauvage, essai sur l’auto-organisation

et la démocratie directe dans les luttes de 1789 à nos jours

L’Échappée éditeur, 2018, 320 p.

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