Achaïra n° 188 : L’avenir de nos enfants

L’avenir de nos enfants

En 2015, nous avions consacré une chronique à Comment tout peut s’effondrer de Pablo Servigne et Raphaël Stevens qui voyaient se dessiner, au cours de notre propre génération, un avenir plutôt angoissant et qui écrivaient : « C’est parce que nous consommons actuellement plus que ce que la planète peut fournir et c’est parce que nous sommes en train de détruire son écosystème que nous allons à l’effondrement. »

Il y avait là une pensée « catastrophiste » ; et ne cachons pas que nous nous étions facilement laissé convaincre par le propos.

Dans Climat et capitalisme vert, un texte aux traits acérés, quasiment un pamphlet, Philippe Pelletier s’élève avec une grande fougue contre le « catastrophisme » largement partagé et surtout propagé par des dirigeants politiques ou religieux, ou encore par des banquiers, mais aussi par quelques libertaires. Plus particulièrement, il conteste l’affirmation que notre Terre se réchaufferait ou, plus précisément, que cela serait un phénomène nouveau et alarmant.

Mais, dans Comment tout peut s’effondrer, s’agissait-il bien de réchauffement du climat ? Il nous paraît que ce n’était pas tant cela que l’action de plus en plus destructrice que les êtres humains font subir à la Terre.

Philippe Pelletier écrit, lui, que, « par définition, un climat est fugitif, c’est quelque chose de global et de mouvant ».

C’est pourquoi il nous donne un certain nombre d’exemples qui infirment ce que nous assènent les « catastrophistes ».

Certes, il y eut un réchauffement lors de l’« embellie de l’an mil », de 950 à 1350, quand les Vikings ont partiellement mis en culture le Groenland. Mais il y eut un refroidissement léger, en Europe occidentale, de 1940 à 1975, alors que les industries tournaient à plein régime. En cette année 1975, l’Académie nationale des sciences américaines annonçait même : « Il y a une possibilité avérée qu’un sérieux refroidissement mondial pourrait survenir sur la Terre dans les cent ans à venir. »

Si, aujourd’hui, il est beaucoup question de gaz à effet de serre (GES) pour expliquer un hypothétique réchauffement climatique, c’est en oubliant que la vapeur d’eau fait partie de ces gaz et qu’elle représente près des deux tiers de l’effet de serre. Sans cela, la Terre serait froide comme la planète Vénus !

Par ailleurs, on a pu constater en 2002 un réchauffement en Antarctique du côté de la Patagonie et, en même temps, un refroidissement du côté occidental.

Ainsi la Terre a-t-elle connu, successivement, des périodes de réchauffement et de refroidissement qui jettent le doute sur les déclarations fantaisistes, les « faux diagnostics », les explications inexactes péremptoirement avancées, associées pour autant à de vraies problématiques.

Si certains glaciers des Alpes européennes ont subi une réduction entre 1860 et 1960, d’autres ont connu des avancées spectaculaires. En Inde, au Bangladesh et en Birmanie, ce n’est pas la fonte des glaciers qui permet la culture irriguée des plaines mais la mousson. D’autres exemples sont donnés, mais, surtout, les raisons des différentes catastrophes relèvent d’explications autres que celles qui sont alléguées.

Dans l’océan Pacifique, dans certaines îles, l’« élévation » du niveau de l’eau s’explique par la destruction de la barrière de corail par les humains.

Dans le détroit du Bengale, la mer s’est effectivement avancée, mais c’est parce que la construction de barrages bloque les alluvions qui, ainsi, n’alimentent plus les mangroves.

De même, plus proches de nous, les drames de La Faute-sur-Mer, en 2010, ou les inondations spectaculaires d’Alès ou de Montpellier, en 2014, sont dues à des constructions en zones inondables autorisées par des politiques irresponsables.

Le réchauffement a ainsi bon dos, qui camoufle appétits financiers et autres magouilles.

Aussi Philippe Pelletier ne manque-t-il pas de nommer la kyrielle de décideurs en tout genre, partisans d’un capitalisme vert, qui tablent sur la peur d’une humanité jobarde qui voit très vite le déluge à sa porte.

Et il remarque que la plupart de ces personnages viennent de la droite, sinon de la droite extrême. En tout premier est cité Bertrand de Jouvenel (1903-1987) qui fit l’éloge du fascisme dans L’Émancipation nationale de Jacques Doriot ; le prince Bernhard des Pays-Bas (1911-2014), ancien membre du parti nazi ; le prince Philippe d’Angleterre, mari de la reine, « a reconnu en 2006 qu’il avait été sympathisant du nazisme et de Hitler pendant les années 1930 ».

La liste est longue avec des figures au passé politique plus nuancé que ceux précédemment cités.

Bertrand de Jouvenel se retrouvera au sein du Club de Rome, une « écolocratie » regroupant des dirigeants d’entreprise, des diplomates, des scientifiques, une oligarchie, prototype d’un « gouvernement de savants » − déjà dénoncé par Michel Bakounine − n’ayant rien à voir avec l’écologiste de base.

Il est aussi question du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). « Ses évaluations sont principalement fondées sur les publications scientifiques et techniques dont la valeur scientifique est largement reconnue », nous dit Wikipédia. Ce qui est controversé. Et l’objectivité d’une information venant d’un organisme gouvernemental mérite qu’on y regarde à deux fois. Cependant, la plupart de ces gens sont payés soit par les partisans de l’électronucléaire, une solution « propre » − si l’on exclut les enfouissements de déchets quasiment indestructibles que géreront les générations futures −, soit par les partisans des hydrocarbures.

Allons-nous donner notre confiance aux dominants et à leurs complices corrompus qui annoncent un avenir catastrophique pour nos enfants − avenir dont ils sont dès maintenant les artisans − et qui négligent aussi ostensiblement le présent des enfants d’aujourd’hui ?

Philippe Pelletier, Climat et capitalisme vert.

De l’usage économique et politique du catastrophisme,

Nada éditeur, 2015, 140 p.

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 « [L’]action de l’homme peut embellir la Terre, mais elle peut aussi l’enlaidir ; suivant l’état social et les mœurs de chaque peuple, elle contribue tantôt à dégrader la nature, tantôt à la transfigurer. L’homme pétrit à son image la contrée qu’il habite. »

Élisée Reclus,

La Terre. Description des phénomènes de la vie du globe,

tome II, Paris, Hachette, 1869, p. 748.

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« Aménager les continents, les mers et l’atmosphère qui nous entoure, “cultiver notre jardin” terrestre, distribuer à nouveau et régler les ambiances pour favoriser chaque vie individuelle de plante, d’animal ou d’homme, prendre définitivement conscience de notre humanité solidaire, faisant corps avec la planète elle-même, embrasser du regard nos origines, notre présent, notre but, rapprocher notre idéal lointain, c’est en cela que consiste le progrès. »

Élisée Reclus, L’Homme et la Terre,

tome VI, p. 540-541.

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