Achaïra n°173 : À toi qui veux bâtir des citées idéales,

À toi qui veux bâtir des citées idéales,

Je t’imagine concevant des utopies, des uchronies aussi, réfléchissant à leurs limites, à leurs dérives potentielles, aux moyens d’éviter ces dérives, cherchant le bonheur de l’individu et de la société qui l’héberge.

Tu te tritures le ciboulot pour trouver quelle organisation sera socialement la plus juste, la plus cohérente, la plus épanouissante, comme tu fais bien.

Tu fais valoir tes connaissances en politique, en sociologie, en économie, peut-être même en littérature ou en philosophie, comme tu fais bien.

Mais interroges-tu la biologie pour établir ton ordre social idéal ?

Si ma question t’interpelle c’est que tu as dû omettre ce pan du savoir dans tes réflexions. À ta décharge, devons-nous admettre que ce n’est pas un domaine que beaucoup mettent en avant pour la constitution d’une société idéale, pourtant la biologie a beaucoup à nous enseigner sur les limites de ce que nous sommes, par conséquent nous indique au moins si nos exigences sont réalistes pour l’animal qu’est l’homme ou pour l’environnement dans lequel il se développe.

Par exemple, imaginons un système totalitaire interdisant le coït, cette interdiction peut fort bien être respectée, même avec des membres (1)(1)(si je puis m’exprimer ainsi) du système qui seraient récalcitrants ou réfractaires à la règle. Il suffit de suffisamment de totalitarisme et de flicage ou de pression sociale pour raire respecter cette règle. (2)(2)D’ailleurs la liberté de s’accoupler à qui l’on veut est rarement respectée dans ce monde et ces lois perdurent, bien que l’on puisse constater de nombreuses désobéissances.) Mais imaginons maintenant un système où le tyran aurait interdit de déféquer. Ce dernier ne parviendrait absolument pas à ses fins. Certes, le nombre d’occlusions intestinales exploserait d’autant que la pression tyrannique serait forte, mais les citoyens de ce système ne pourraient que désobéir à la loi de la société forcés par la loi de la nature, en un mot par leur biologie.

Ici je m’éloigne de la définition habituelle de « biologie » qui est l’équivalent des « sciences naturelles ». En effet je m’attache à nommer « biologie d’un individu » plusieurs concepts étroitement liés qui sont les initiateurs de ma démarche philosophique personnelle :

-l’anatomie : comment sommes-nous construits, à quoi ressemblons-nous, que sommes-nous ?

-la physiologie : comment fonctionnons-nous, quels mécanismes éventuels nous régissent, quelle est notre place ?

-l’hérédité : comment nous reproduisons-nous, quelle transmission a lieu, à quoi servons-nous ?

Ces concepts peuvent à la fois être réfléchis en termes individuels, donc étudiant le développement et la vie de l’individu, ou être pensés en termes collectifs, donc étudiant le développement et la vie d’une espèce. De plus il ne sont pas limitatifs, libre à chacun d’apposer d’autres concepts se référant à la biologie de l’individu pour la définir.

L’anatomie pose, selon moi, les limites physiques du corps, par exemple nous respirons et déglutissons par le même conduit ce qui nous oblige ()(sauf pour les vrais mal-élevés) à ne pas parler la bouche pleine ou à faire vraiment très attention à ne pas faire de fausse route.

La physiologie pose les limites du fonctionnement de notre corps, par exemple nous sommes contraints de respirer ou de nous alimenter ce qui nous oblige à ne pas obstruer la trachée artère, ni l’œsophage trop longtemps.

L’hérédité pose les limites de la transmission à la génération d’après, par exemple nous sommes contraints de donner la moitié ()(faisons fi pour cette fois de l’ADN mitochondrial.) de notre patrimoine génétique à chaque procréation mais sans libre arbitre quant à la répartition des gênes transmis.

Aux fondations de ma citée idéale l’on trouve l’idée que la société, que l’organisation des humains ne peut contrevenir à la biologie des individus qui la constitue. Ce serait un réel mépris si la société s’opposait à ce que ses citoyens sont sans l’avoir choisi : être humains.

Passons du coq à l’âne comme dans une partouse à la ferme, pour énoncer les besoins fondamentaux biologique d’un humain.

En premier, le dioxygène, tiens une place de choix. Tellement indispensable à notre survie que privé quelques minutes, voire secondes de ce gaz, l’être humain décède.

Puis arrive en bonne deuxième l’eau, car privé d’eau l’humain décède en quelques jours.

En troisième nous trouvons l’alimentation, privé de nourriture un humain meurt en quelques semaines.

Approximativement nous pouvons considérer que trois minutes sans air, trois jours sans eau ou trente jours sans alimentation sont fatals à l’être humain.

Dans ma petite tête, une évidence émerge immédiatement : L’accès à l’air, à l’eau, à la nourriture devraient être des droits inaliénables, personne ne doit pouvoir déposséder un être humain de son accès à ces trois ressources. Personne ne devrait pouvoir privatiser la possession ou la distribution des ces ressources. En revanche, tous devraient participer à l’exploitation et à la distribution de ces mêmes ressources.

A l’origine () (3 millions d’années pour H. habilis le premier Homo, 200000 ans pour H. sapiens), notre espèce était constituée de petits groupes d’humains qui vivaient de chasse et de cueillette, soit des ressources naturellement présentes dans leur environnement. Puis au Néolithique () (9000 ans avant notre ère) l’invention de l’agriculture et de l’élevage induit une sédentarisation des groupes humains, donc le début des villages.

Dans ma citée idéale, l’on pratique la mutualisation de l’accès aux ressources vitales. Peu importe qui produit quelle ressource et en quelle quantité, comme elles sont inaliénables, elles appartiennent à tous. Chacun étant invité à participer à l’effort et à consommer modérément afin de ne pas épuiser les ressources vitales.

Mais une cité, même idéale, ne peut fonctionner qu’avec des citoyens. La biologie de l’humain nous renseigne-t-elle sur ce que pourrait ou devrait être un citoyen idéal ?

Tu penses bien que j’ai une petite idée à ce sujet, toutefois afin de ne pas voler trop de ton temps ce mois-ci, je développerai ce point dans ma prochaine lettre.

Alors si le rendez-vous est pris, je te dis à dans un mois.

Caresses et bises à l’œil et surtout ne lâche rien.

Dr G.

P.S. À tous ceux z’et celles qui consulteraient une version écrite de cette lettre voici un lien vers une courte conférence parlant de génétique et de politique : https://vimeo.com/36890225

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