41ème Leçon d’autodéfense intellectuelle – Lundi 7 juillet 2014

41ème Leçon d’autodéfense intellectuelleLundi 7 juillet 2014

================================================================

 41ème chronique raisonnable, pour :

  • apprendre à soumettre à la critique les informations reçues
  • prévenir les manipulations et
  • démonter les croyances,

« Être libre, c’est ne plus avoir peur et être responsable de sa vie ».

 Aujourd’hui encore, nous allons continuer notre exploration dont le but est d’établir un jugement rationnel, au travers de nos trois sources de connaissances que sont notre expérience personnelle, la science et les médias. Nous étudions le rôle important des médias.

Mais rappelons-nous la chronique précédente ! Nous avons évoqué des faits qui, du point de vue de la démocratie participative, devraient être connus de tous et ne le sont pas ou trop peu, et des interprétations des évènements qui devraient être entendues et discutées, ne le sont pas ou le sont trop peu. Nous avons ainsi vu les 25 sujets importants qui ont été occultés par les médias en 2012-2013 aux Etats-Unis, sujets relevés comme chaque année par Project Censored. Nous avons aussi évoqué les grands salons de ventes d’armements, comme Abbotsford au Canada ou EuroSatory en France, qui sont quasiment dissimulés au grand public, alors que leur importance pour le cours du monde, en plus de leur impact sur l’économie nationale, est vitale.

Dans cette émission, nous aborderons comment apprendre à repérer ces omissions, ces façons de fausser la présentation des faits, à partir de certains points de vue particuliers, de certaines valeurs. Ce sont 31 stratégies pour entretenir une attitude critique par rapport aux médias.

  1. Faites-vous l’avocat du diable. Face à une affirmation, cherchez ce que l’on pourrait alléguer contre elle, demandez-vous s’il existe un autre point de vue et des raisons de le soutenir.
  2. Substitution de mots. Amusez-vous à remplacer certains mots utilisés par d’autres ayant des connotations différentes et demandez-vous si les nouvelles significations ne pourraient pas elles aussi être différentes. Parle-t-on de libre-échange ? Mettez à sa place « échanges administrés ». Parle-t-on d’éducation ? Mettez « endoctrinement ». Souvent cela correspond bien mieux à la réalité. Parle-t-on de bombardements palestiniens ? Mettez « agressions israéliennes ». Parle-t-on de développement durable ? Mettez « pollutions durables ». etc.
  3. Ecrivez ou téléphonez aux médias. Vous avez lu ou vu une chose inacceptable ? plaignez-vous. Les journalistes et leurs patrons sont sensibles aux critiques du public.
  4. Soyez rigoureux. Votre cerveau est un territoire qu’un ennemi veut occuper en vous persuadant de certaines choses. Ne prenez pas à la légère l’organisation de la résistance. Pratiquez une écoute et une lecture actives. Prenez des notes, enregistrez, découpez. Prenez la saine habitude de noter soigneusement toutes les informations relatives à un évènement dont vous voulez parler : Qui ? Quoi ? Quand ? Dans quel contexte ?
  5. Devenez danseur ou danseuse. Pratiquer cet art de danser avec les idées qu’évoquait Nietzsche est pour vous crucial. Soit un évènement donné tel qu’il est décrit dans les grands médias. Amusez-vous à l’examiner dans des cadres conceptuels différents et multipliez les points de vue. Comment le décrirait-on dans le tiers-monde ? Dans les quartiers défavorisés de Saint Denis ? Dans les quartiers très favorisés de Neuilly ?
  6. Repérez les connivences et les renvois d’ascenseurs. Les gens des médias font partie d’une certaine élite et entretiennent entre eux et avec cette élite des rapports qu’il est important de repérer. X invite Y à son émission, qui parle en retour de son livre dans sa chronique, Z l’invite à une conférence en France et ainsi de suite…
  7. Méfiez-vous de la trompeuse symétrie. En 1996, aux Etats-Unis, la Society of Professional Journalists a retiré le concept d’objectivité de son Code d’éthique et l’a remplacé par divers autres concepts comme « équitabilité », « équilibre », « précision », « complétude », « justesse ». On a justifié cette décision en expliquant que bon nombre de journalistes considèrent désormais que le mot objectivité ne traduit ni ce que les journalistes sont en mesure d’accomplir, ni ce qu’il est souhaitable d’attendre d’eux. L’abandon du concept d’objectivité fait craindre la pire dérive relativiste. Ce que nous disait déjà Platon, c’est que oui, nous sommes faillibles, notre savoir est limité et produit par des êtres humains vivant en société, mais l’idée de vérité elle-même, comprise comme quelque chose qui existe indépendamment de nous, est un concept régulateur indispensable à toute activité cognitive. Par exemple, sur le sujet du réchauffement planétaire, mettre face à face les opinions des experts et celles des groupes de pression, comme si elles étaient comparables, donne une illusion trompeuse de symétrie.
  8. Comparez, par exemple à l’aide d’Internet, les traitements qui sont proposés des mêmes évènements dans deux pays différents.
  9. Connaissez parfaitement, de manière à pouvoir en reconnaître les pratiquants, les dix commandements de l’Eglise d’idéologie :
    1. Tu feras passer le singulier pour l’universel ;
    2. Tu occulteras le travail accompli, faisant ainsi passer pour naturels les marchandises et les textes culturels ;
    3. Tu te serviras de fausses analogies ;
    4. Tu donneras l’impression de l’objectivité, de manière à occulter ton parti pris particulier ;
    5. Sur tout sujet ou débat, tu traceras soigneusement les limites de ce qui est acceptable – en d’autres termes, tu contrôleras l’ordre du jour ;
    6. Tu donneras l’explication la plus simple comme étant nécessairement la meilleure – ce qui est un sophisme ;
    7. Tu rendras ordinaire ce qui est hors de l’ordinaire – par exemple, en disant que nos dirigeants sont des gens ordinaires, pareils à nous ;
    8. Tu embrouilleras et feras en sorte que l’on s’attarde à la surface des choses plutôt qu’au phénomène en son entier ;
    9. Tu créeras et alimenteras l’illusion que l’histoire conduit exactement au moment présent et à la situation actuelle ;
    10. Tu deviendras expert dans l’art et la pratique de l’OPFA : On Ne Peut Pas Faire Autrement.
  10. Sachez reconnaître ce que l’Observatoire des médias, en France, appelle les figures imposées. L’observateur critique des médias portera une attention particulière aux genres et pratiques qui ont pour effets :
    1. La domination : la mise en mots et en scène des ouvriers et employés, et particulièrement des femmes ; le paternalisme élitaire et masculin qui suinte dans les reportages sur la vie professionnelle et la vie privée ; le « racisme de classe » et le « racisme de l’intelligence », qui conduisent des journalistes à évoquer avec condescendance ou mépris le monde des classes populaires qu’ils ne connaissent pas. Les dirigeants éditoriaux sont souvent issus des classes dominantes ; ils sortent de plus en plus fréquemment des d’écoles de journalisme et parfois de grandes écoles, où ils intériorisent une sociabilité bourgeoise ; leurs revenus les rapprochent des cadres supérieurs ou des professions libérales. Tout cela enracine chez eux des intérêts particuliers ainsi qu’une manière particulière de voir le monde.
    2. La dépolitisation : le fait divers « qui fait diversion » et la transformation de toute question sociale ou internationale en fait divers ; la personnalisation à outrance, avec la multiplication des portraits, y compris avec le consentement de responsables de mouvements collectifs qui affirment combattre l’individualisme ; la présentation politicienne de toutes les questions politiques et la présentation technicienne de toutes les questions économiques.
    3. La promotion : les renvois d’ascenseurs, complaisances et connivences qui permettent de constituer une prétendue « élite » à laquelle le « peuple » devrait rendre des comptes de son « irrationalité et de son « populisme ».
    4. La dépossession : l’art de priver de parole ceux-là à qui on la donne. A analyser par exemple et concrètement : « Le Téléphone sonne » (France Inter), « Maisonneuve en direct » (Radio Canada), les micros-trottoirs, les témoignages, les débats devant des « panels », les questions par sms ou courrier électronique, les sondages…
  11. Collationnez les premières pages de votre quotidien préféré pendant un mois et faites-en l’analyse. Pour cela, décidez des critères que vous retiendrez ; définissez-les le mieux possible ; construisez votre grille de lecture ; appliquez-la. Montrez vos résultats à un ami qui, idéalement, ne partage pas vos idées sociales et politiques et discutez en ensemble. Si possible, comparez vos résultats avec les siens s’il a accepté de faire la même démarche.
  12. Réunissez les 50 derniers éditoriaux ou les 50 dernières chroniques d’un même journaliste et analysez-les sous différents angles. Quels sont les sujets traités ? Quelles sources sont citées ? Quel vocabulaire est employé ? Et ainsi de suite.
  13. Considérez le titre donné à un article ou une nouvelle. Est-il conforme à ce que vous avez lu ? Quel autre titre aurait été possible ? Souhaitable ? Y a-t-il des raisons qui pourraient expliquer pourquoi ce titre plutôt qu’un autre a été retenu ? Rappelez-vous que si les chroniqueurs et éditorialistes titrent eux-mêmes leurs textes en général, ce n’est pas le cas des nouvelles et d’autres types de textes.
  14. Identifiez les sources qui alimentent les médias que vous ne connaissez pas et cherchez à en savoir plus long sur elles. Si vous pratiquez une écoute et une lecture actives, vous ne tarderez pas à repérer des sources citées de manière récurrente : l’institut Fraser, le FMI, le Conseil canadien des chefs d’entreprise, l’Institut économique de Montréal (IEDM), par exemple. De quoi et de qui s’agit-il ? Internet vous sera sans doute utile pour le déterminer. Visitez les sites Internet de ces institutions. Lisez leurs publications. Repérez leurs traces dans les médias. Quand, par qui ; à quelle fréquence, comment et à quelles fins ces études sont-elles utilisées ?
  15. Apprenez ce que sont les légendes urbaines et ne tombez pas dans ces grossiers panneaux. Par exemple, l’histoire d’une chaine de fast food qui utilise des vers de terre au lieu de bœuf pour fabriquer ses hamburgers. Ces histoires sont toujours contées par l’ami d’un ami qui l’a eu de sources sûres. Mais on ne peut jamais trouver de référence précise, ni trouver la source de cette histoire.

Nous allons interrompre cette longue liste de 31 stratégies pour entretenir votre attitude critique par rapport aux médias, afin de mieux les digérer, nous verrons la suite à notre prochaine émission.

N’oubliez pas les conseils des émissions précédentes, ces conseils vous ont été donnés pour laisser le moins de prise possible à l’émotion manipulatrice voulue.

Et retrouvez sur le site du cercle libertaire Jean-Barrué toutes nos chroniques en référence au « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Normand Baillargeon.

 

Alors, au 1er septembre pour la suite

SharePARTAGER
Ce contenu a été publié dans Achaïra, Leçon raisonnable de philaud, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.