37ème Leçon d’autodéfense intellectuelle – Lundi 3 février 2014

37ème Leçon d’autodéfense intellectuelle Lundi 3 février 2014

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37ème chronique raisonnable, pour :

  • apprendre à soumettre à la critique les informations reçues
  • prévenir les manipulations et
  • démonter les croyances,

« Être libre, c’est ne plus avoir peur et être responsable de sa vie ».

Aujourd’hui encore nous allons continuer notre exploration dont le but est d’établir un jugement rationnel, au travers de nos trois sources de connaissances que sont notre expérience personnelle, la science et les médias. Nous allons enfin étudier le rôle important des médias.

 

Réfléchissons aux propos d’Hermann Goering durant son procès à Nuremberg :

« Bien sûr, le peuple ne veut pas la guerre. C’est naturel et on le comprend. Mais après tout, ce sont les dirigeants du pays qui décident des politiques. Qu’il s’agisse d’une démocratie, d’une dictature fasciste, d’un parlement ou d’une dictature communiste, il sera toujours facile d’amener le peuple à le suivre. Qu’il ait ou non droit de parole, le peuple peut toujours être amené à penser comme ses dirigeants. C’est facile. Il suffit de lui dire qu’il est attaqué, de dénoncer le manque de patriotisme des pacifistes et d’assurer qu’ils mettent le pays en danger. Les techniques restent les mêmes, quel que soit le pays. »

L’univers des médias est, avec l’école, le lieu d’apprentissage de la pensée critique. Au sens étymologique, l’information est ce qui donne une forme à l’esprit. Elle vient du verbe Latin informare, qui signifie « donner forme à » ou « se former une idée de ». Sous la Révolution Française, les journaux d’information se voulaient des outils de formation politique et populaire. Mais beaucoup de gens pensent que les médias décrivent ce qui se passent dans le monde, et est le fruit d’un travail d’enquêtes indépendantes pour décrire ce qui se passe d’important, que ce travail serait neutre et que les faits et les opinions seraient clairement identifiés et séparés.

Pourtant les critiques sont de plus en plus nombreuses envers les médias occidentaux. Ces critiques portent sur la course à l’audimat, à la démagogie et au sensationalisme. De plus on constate, un accroissement de la concentration des mass-médias détenus par des grands groupes industriels. Mais le plus grave est la conception de la démocratie que portent ces médias, celle où le public doit devenir spectateur de la vie politique et non l’acteur. Tout ceci nous amène à l’exigence d’exercer l’esprit critique face aux médias.

Prenons un exemple, le 2 août 1990, l’Iraq envahit le Koweit. Aussitôt, et avec une célérité peu commune, les Nations Unies condamnent cette brutale agression et imposent dés le 6 août des sanctions contre l’Iraq. Ces sanctions causeront la mort de 500 00 enfants. Madeleine Albright déclarera : « Nous pensons que ça en vaut le coût ». Une jeune Koweitienne de 15 ans, Nayirah, se présente devant le congrès américain. Elle bouleverse le public et les élus en racontant en larmes comment les soldats irakiens ont pris d’assaut l’hôpital où elle travaillait comme bénévole, volant les incubateurs, et tuant 312 bébés qui agonisaient sur le plancher de la maternité. La nouvelle fut diffusée partout dans le monde par les médias. Saddam Hussein, ami de la veille, est devenu après le 2 août le « Boucher de Bagdad », avec le témoignage de Nayirah, il devient un tyran « pire qu’Hitler ». Ce témoignage sera fortement utilisé par les partisans d’une intervention militaire, dont le Président Georges Bush (père), contre les partisans certains seules sanctions et d’une solution négociée. La campagne de bombardement a été massivement approuvée par le public américain, grâce à la description de ces « épouvantables horreurs qui nous ramènent à Hitler ».

A l’époque, quelques faibles rumeurs et doutes apparaissent sur le témoignage de Nayirah.

Que peut-on dire aujourd’hui de ce que l’on sait ?

Nayirah était Nayirah al Sabah, la fille de l’ambassadeur du Koweit à Washington. Elle n’avait jamais rien eu avoir avec cet hôpital et rien de ce qu’elle a dit ne s’est passé. Son témoignage était faux et avait été soigneusement préparé par l’entreprise Hill and Knowlton de Washington. La jeune fille a été formée avec quelques autres personnes qui devaient corroborer son témoignage. Cette firme venait de signer un lucratif contrat de 10 millions de dollars avec les Koweitiens pour argumenter en faveur de l’entrée en guerre des Etats-Unis. Hill and Knowlton ne fait que son métier, c’est une grosse firme de relations publiques.

Il n’y a ici aucune théorie du complot. Une fois mises à jour les manœuvres de la firme de relations publiques, tout ce qui est avancé est du domaine public, peut être découvert et vérifié par tout un chacun. Mais il faut du temps et de la persévérance. Il faut chercher d’autres sources que les seuls grands médias et apprendre à demeurer critique devant toute information. Il faut connaître les institutions en cause et leurs fonctionnements. On est donc loin d’une conspiration. Tout s’explique par le libre fonctionnement des institutions concernées, leurs rôles, leurs mobiles et ceux de leurs acteurs. Soutenir la théorie du complot est aussi idiot que d’avancer que tous les journalistes sont vendus, ou que les patrons de pesse leur tiennent la plume.

Cependant, des conditions structurelles et institutionnelles de la diffusion de l’information et du fonctionnement des médias existent, et elles exercent leur poids sur ce qui est dit et la manière dont c’est dit.

On doit à la fois rappeler ces conditions et leur impact et reconnaître que l’on peut trouver dans les grands médias des informations étonnantes sur des sujets souvent occultés. Ces informations peuvent être justes et précieuses, mais il faudra savoir bien les chercher.

Ainsi la véritable histoire de Nayirah a été reportée au Québec, une fois, ainsi : « la jeune Nayirah dont le témoignage ébranla une commission du Congrès à la veille de vote, n’était autre que la fille de l’ambassadeur du Koweit à Washington, utilisée ainsi à des fins de propagande par la firme de relations publiques Hill and Knowlton dont les services avaient été retenu par le lobby koweitien. ».

Cette histoire illustre bien ce que nous allons traités dans ces émissions sur les médias.

Pensons à ce que James Madison, le 4ème Président des États-Unis, déclarait :

« Rien ne pourrait être plus déraisonnable que de donner le pouvoir au peuple, mais en le privant de l’information sans laquelle se commettent les abus de pouvoir. Un peuple qui veut se gouverner lui-même doit s’armer du pouvoir que procure l’information. Un gouvernement du peuple, quand le peuple n’est pas informé ou n’a pas les moyens d’acquérir l’information, ne saurait être qu’un prélude à une farce ou à une tragédie – et peut-être même aux deux. »

L’information, c’est une évidence, est un enjeu politique essentiel de toute société qui se prétend démocratique. Pourtant, peu de gens connaissent les sociétés de relations publiques, d’où elles viennent et quel est leur rôle. Nous remarquerons qu’elles sont nées de conceptions de la démocratie et de l’information radicalement opposées à l’usage courant de ces termes. Apparaît ainsi un fossé entre démocratie réelle et démocratie théorique, c’est ce que nous verrons en premier dans les prochaines émissions.

Nous replacerons les médias modernes dans cette histoire. Ce sont de vastes corporations que nous devons examiner pour comprendre leur fonctionnement. Nous verrons que le modèle propagandiste est celui qui permet d’avoir le meilleur éclairage sur le fonctionnement de ces institutions, sur leur rôle dans le façonnement des opinions au sein des démocraties réelles et vécues – par opposition aux démocraties idéales et proclamées. Nous nous référerons au modèle propagandiste des médias de Chomsky et Hermann qui systématise utilement ces idées.

Ainsi l’observateur critique des médias, que cette chronique vous invite à être, portera attention à ce qui est occulté ou présenté de façon déformé par les grands médias. Ayant compris leur nature et leur fonctionnement, il faudra mettre en œuvre une grande variété de moyens pour maintenir une attitude critique  l’égard de ces institutions et de toutes les sources d’information en général.

Enfin, nous vous proposerons des outils utiles pour combler l’écart entre démocratie réelle et démocratie théorique.

Le pasteur puritain, William Graham Sumner, sociologue connu pour avoir propagé les thèses du darwinisme social, résume cela :

« Si l’habitude de penser de manière critique se répandait au sein d’une société, elle prévaudrait partout, puisqu’elle est une manière de faire face aux problèmes de la vie. Les propos dithyrambiques de quelconques orateurs ne sauraient faire paniquer des personnes éduquées de la sorte. Celles-ci mettent du temps avant de croire et sont capables, sans difficulté et sans besoin de certitude, de tenir des choses pour probables à des degrés divers. Elles peuvent attendre les faits, puis les soupeser sans jamais se laisser influencer par l’emphase ou la confiance avec laquelle des propositions sont avancées par un parti ou par un autre. Ces personnes savent résister à ceux qui en appellent à leurs préjugés les plus solidement ancrés ou qui usent de flatterie. L’éducation à cette capacité critique est la seule éducation dont on peut dire qu’elle fait les bons citoyens. »

Nous aborderons, lors de notre prochaine chronique, les médias et leurs conceptions de la démocratie.

N’oubliez pas les conseils des émissions précédentes, ces conseils vous sont donnés pour laisser le moins de prise possible à l’émotion manipulatrice voulue.

Et retrouvez sur le site du cercle libertaire Jean-Barrué nos chroniques en référence au « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Normand Baillargeon.

 

Alors, à la prochaine fois

 

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