[Palestine] : quelques articles pour un spécial Palestine

Le contexte de la campagne BDS[1]

Quand on mène des actions de sensibilisation contre la colonisation et l’occupation israélienne de la Palestine, on rencontre diverses réactions du public, dont les réactions de sympathie claires mais impuissantes : « cela fait plus de 60 ans que ça dure, qu’est-ce que, nous, on peut faire ? »

A cette impuissance, on peut proposer de se rendre en Palestine, en missions, pour voir et témoigner et aussi protéger car la violence de la répression est parfois moins dure quand il y a des yeux étrangers[2]. Mais pour arriver en Palestine, en Cisjordanie au moins, il faut impérativement passer par un poste frontière israélien, et là le passage n’est pas garanti. Si vous arrivez à l’aéroport Ben Gourion, il n’est pas bien vu de déclarer se rendre en Palestine, le risque est important d’obtenir un tampon « entry denied » et d’être obligé de faire demi-tour. C’est la mésaventure qu’ont connu les missions « Bienvenue Palestine » qui annonçaient vouloir lever le blocus de la Cisjordanie et de Gaza : blocage au Caire en décembre 2009, blocage à Roissy ou d’autres aéroport d’Europe en juillet 2011, blocage à Istanbul en avril 2012 ou enfin au pont Alenby par la Jordanie en août 2012. Les missions du CCIPPP ont toutes finies par passer en mentant sur la destination, des israéliens acceptant de servir de couverture comme accueillant.

C’est pour répondre à cette impuissance et aux blocages de toutes négociations que les palestiniens ont décidé de lancer la campagne internationale BDS.

La campagne BDS vue par les palestiniens

Voici comment le palestinien Omar Barghouti présente la campagne BDS :

« Le B de la campagne BDS veut dire Boycott. Cela s’adresse surtout aux individus et aux organisations au niveau international Ne pas acheter de fruits ou fleurs produits en Israël compte, et beaucoup. Pour les produits agricoles israéliens l’UE représente un marché de milliards de dollars, et l’Etat juif a avec Bruxelles un traité d’association qui en fait quasiment un Etat membre.

Le D de BDS : On entend par désinvestissement le retrait d’investissements dans les institutions ou entreprises qui soutiennent l’occupation. Toutes les entreprises israéliennes sont complices parce qu’elles font une discrimination dès le moment où, pour un travailleur, elles donnent la priorité à ceux qui ont servi dans l’armée. Elles excluent de cette façon la minorité palestinienne en Israël (1,2 millions de personnes) qui ne fait pas le service militaire.

Et S comme Sanctions: Concerne notamment toutes les poursuites judiciaires qu’il est nécessaire d’engager pour que les criminels israéliens aient à répondre de leurs actes devant des tribunaux. ) » [3]

La campagne BDS vue par les palestiniens (explications)

Omar Barghouti explicite plus largement cette campagne et répond à de nombreuses questions dans un ouvrage intitulée « Boycott, Désinvestissement, Sanctions – BDS contre l’apartheid et l’occupation de la Palestine » paru en français aux éditions La fabrique. Il indique en particulier dans un paragraphe intitulé : « Pourquoi? Comment? » :

« L‘Appel BDS, lancé en juillet 2005, a été soutenu par une écrasante majorité des organisations palestiniennes. Ancré dans une longue tradition de résistance populaire non-violente en Palestine et largement inspiré de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, il se fonde sur le principe de droits de l’homme universels, comme le mouvement des droits civiques aux ÉtatsUnis. Il rejette fermement toute forme de racisme, et notamment lantisémitisme et lislamophobie. BDS définit sans ambiguïté les trois droits fondamentaux des Palestiniens qui constituent les conditions minimales nécessaires d‘une paix juste: fin de l’occupation militaire de Gaza et de la Cisjordanie (Jérusalem-est comprise) et des autres territoires arabes au Liban et en Syrie; droits des réfugiés palestiniens (tel quils sont garantis par lONU), en particulier droit au retour dans leur foyer et aux compensations; fin de la discrimination raciale systématique à l‘encontre des citoyens palestiniens dIsraël, qu’un nombre croissant d‘observateurs décrit comme un «régime dapartheid».

Qualifier Israël dÉtat dapartheid ne signifie pas que son sysme de discrimination soit identique à l’apartheid en Afrique du Sud, mais simplement que les lois et les politiques israéliennes à l‘encontre de sa population palestinienne correspondent dans une large mesure à la définition que l’ONU a donné à l’apartheid en 1976. »[4]

Le boycott, une action directe non violente

Le boycott doit avoir le soutien des anarchistes car c’est une action directe non violente qui permet à chacun de pouvoir agir et agir contre une oppression, celle de l’occupation et de la colonisation. Ici pas d’appel aux politiciens, à l’opinion publique ou citoyenne. En n’achetant pas les produits israéliens on grignote l’économie israélienne qui est tournée vers la construction de colonies et l’investissement dans l’armée d’occupation. On le sait bien la colonisation est économique et il est donc essentiel d’agir sur ce levier.

L’économie concerne tout le monde, le boycott donc aussi, les colons comme les autres israéliens, c’est vrai, mais les israéliens qui luttent contre l’occupation de la Palestine soutiennent eux aussi le boycott (« Boycott from within »[5]) et certains militent pour renseigner sur l’origine des produits provenant des colonies tous exportés sous label « made in Israël ». Il faut savoir que les lois internationales interdisent de tirer profit d’une occupation[6] ! Bien sûr, les Anarchistes contre le Mur[7] sont dans le mouvement, même si Israël a décrété que les israéliens qui soutenaient le boycott commettaient un acte de trahison.

Nous avons connu plusieurs campagnes de boycotts et souvent pour demander le respect des droits de l’homme : oranges Outspan contre l’apartheid en Afrique du Sud, plus récemment jeux olympiques en Chine, Mexique pour la libération de Florence Cassey, mais aussi contre la restauration rapide qui propose des repas hallal, contre des produits français par les USA pour non soutien à la 1ère guerre en Irak. Mais le seul sur lequel est jeté l’opprobre c’est le boycott d’Israël. Or, Israël ne peut être traité comme un pays à part du droit international ou du devoir de respecter les droits humains.

Les autres volets de la campagne BDS :

Sur le désinvestissement, la campagne invite les entreprises étrangères qui investissent ou souhaitent en Israël à retirer leur partenariat. Cette campagne a porté sur Véolia et Alstom concernant la construction du métro de Jérusalem réunissant les colonies de Cisjordanie à Jérusalem. C’est aussi le cas actuellement de la campagne sur France Telecom Orange pour rompre ses relations avec Orange Partner, société israélienne, car non seulement ces opérateurs ont installés leurs antennes en expropriant les palestiniens mais il faut savoir que les palestiniens, qui ont pourtant des opérateurs téléphoniques doivent passer par l’intermédiaire des compagnies israéliennes pour téléphoner à l’étranger.

Pour les sanctions, là ce sont les Etats qui peuvent les mener mais pour l’instant au niveau européen, s’il y a des déclarations véhémentes contre les implantations continues de colonies non seulement il n’y a pas de sanctions mais il y a eu un vote permettant la commercialisation des produits des colonies en infraction avec le droit international !!

On le sait nous ne pouvons compter sur les Etats, ne comptons donc que sur nous-mêmes, pour lutter l’apartheid et l’occupation de la Palestine.

La liberté d’expression mise à mal

En France, c’est dans plus d’une dizaine de villes que les militants ont poursuivis pour avoir participer à la campagne BDS. A Bordeaux une militante a été condamnée pour un autocollant. A chaque fois les parties civiles sont les relais en France de la politique sioniste qui se cachent derrière la lutte antiraciste. Ce sont d’abord l’association Avocats sans Frontières dirigée par G. W. Goldnadel, responsable du CRIF[8], acteur du rapprochement du FN[9] avec Israël, c’est ensuite le BNVCA[10] dirigé par Sammy Gozlan, commissaire de police retraité qui anime en Israël une radio à destination des colons, ensuite on trouve la CCFI[11], puis parfois le CRIF local lui-même Heureusement, dans plusieurs autres villes, les tribunaux n’ont pas condamné les mêmes actions (Pontoise, Paris, Mulhouse ou Bobigny).

A l’origine des poursuites on trouve une circulaire de Michèle Alliot-Marie qui invite les procureurs à poursuite les actions d’appel au boycott en invoquant la loi sur la liberté d’expression qui interdit l’incitation et la provocation à la discrimination au nom de l’appartenance de personnes à une race, une religion ou une nation complétée ultérieurement en raison du genre ou du handicap de personnes. Sauf qu’ici ce sont des produits et des activités économiques qui sont visées par le boycott et non des personnes. Ainsi le procès de Bordeaux portait sur un autocollant déposé sur une bouteille de jus d’orange en provenance d’Israël et indiquant « Boycott Apartheid Israël »[12]. Le juge a réussi à lire « Boycott ET apartheid contre Israël » et non ce que tout le monde peut lire « Boycott de l’apartheid mené par Israël ». Sur un autre autocollant représentant une orange sanguinolente a été trouvée la provocation, sur un troisième trouvé aussi dans le sac à main avec la mention « n’achetez pas les produits israéliens » a été trouvée l’incitation. Ainsi le procureur a reconstitué de bric set de brocs l’accusation d’« incitation et provocation à la discrimination envers une nation » et le tribunal a condamné la militante à 1000 € d’amendes plus un euros pour les parties civiles (qui réclamaient jusqu’à 5000€ de dommages et intérêts) et 1600€ pour chaque partie civile de frais de justice.

La laïcité, une figure de rhétorique pour nos gouvernants

Michèle Alliot-Marie, alors Garde des sceaux, est venue se féliciter du jugement de Bordeaux devant un repas du CRIF de gironde, où elle a pu dire qu’elle inciter les procureurs à travailler en collaboration avec le consistoire et les institutions confessionnelles israélites et a dénoncé ceux qui appellent au boycott des produits ET casher. N’hésitant ainsi à aucun amalgame.

Le respect des textes internationaux, quand ça arrange les intérêts économiques de l’Europe

Le soutien européen s’exprime dans les conditions préférentielles dont Israël bénéficie d’après les Accords commerciaux et d’association avec l’Europe. L’accord d’association stipule que « les relations entre les parties, ainsi que toutes les provisions de l’accord lui-même, seront fondées sur le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques, » et que ceci « constitue un élément essentiel de cet accord.« 

A ce jour, l’Union européenne a choisi d’ignorer son obligation de suspendre l’agrément au vu des violations israéliennes graves et continues des droits de l’homme. C’est un signe manifeste de la complicité européenne avec les crimes de guerre israéliens, malgré toutes les déclarations d’intention. Le mardi 23 octobre 2013, l’Europe a adopté l’ACAA – Accord UE-Israël, par 379 voix pour, 230 contre et 41 abstention. Cet accord ne prévoit aucun contrôle indépendant de l’origine, ainsi des produits provenant des colonies seront commercialisés sous le label « made in Israël » alors que ces territoires annexés ne sont pas reconnus par l’Europe. Ce sont donc des produits de terres volées qui seront encore commercialisés.

L’incarcération pour délit d’opinion

Georges Ibrahim Abdallah, communiste libanais détenu en France[13] à Lannemezan, où il était avec Jean-Marc Rouillan. Détenu depuis 28 ans, il est libérable depuis 1999[14]. Il est maintenu en détention « car il ne renie pas ses engagements pour défendre l’indépendance de son pays si elle était à nouveau menacée, en particulier par l’Israël et les Etats-unis », de plus c’est une commission composée de psychiatres qui se charge d’enquêter sur ses intentions à chaque nouvelle demande de libération, issue de la loi contre la récidive prévue à l’origine pour les délinquants sexuels, aujourd’hui ce sont bien les convictions politiques qu’elle analyse. Une deuxième fois un tribunal l’a jugé libérable et le parquet a fait appel, le 10 janvier 2013, le verdict en appel a été rendu : libérable en échange d’une expulsion du territoire.

Philippe Arnaud
Cercle libertaire Jean-Barrué (33)
http://cerclelibertairejb33.free.fr


[1] BDS : Boycott Désinvestissement Sanctions

[2] Cela n’a pas empêché Rachel Corrie de se faire écraser par un bulldozer israélien venu démolir des habitations palestiniennes, cette américaine tentait de retarder la démolition en manifestant devant les bulldozers, ceci n’en n’ont eu cure et l’on ensevelie ! Sans grandes réactions, si ce n’est le film « Rachel » de Simone Bitton.

[3] Cf. « Le boycott d’Israël Pourquoi ? Comment ? » par CAPJPO-Europalestine – http://www.europalestine.com/

[4]  Pour plus de détails, il renvoie sur le site du mouvement palestinien : http://bdsmovement.net/

[5] Voir http://boycottisrael.info/

[6] Le Règlement de La Haye de 1907 stipule, qu’en cas d’occupation, la propriété privée doit être « respectée» et « ne peut pas être confisquée » (Art. 46). La IVe Convention de Genève considère que « la destruction et l’appropriation de biens, non justifiées par des nécessités militaires et exécutées sur une grande échelle de façon illicite et arbitraire» constitue une infraction grave à cette Convention (Art. 147). La Cour pénale internationale définit comme « crimes de guerre» les violations de ces dispositions lorsqu’elles visent des personnes ou des biens protégés par les clauses des Conventions de Genève.

En outre, le protocole 1 de la IVe Convention de Genève prohibe « le transfert par la Puissance occupante d’une partie de sa population civile dans le territoire qu’elle occupe, ou [ … ] le transfert à l’intérieur ou hors du territoire occupé de la totalité ou d’une partie de la population de ce territoire» (Art. 85, § 4). L’État d’Israël viole cette clause à double titre: d’une part, en soutenant militairement et financièrement l’installation de plus de 500 000 colons dans les territoires palestiniens occupés et d’autre part, en obligeant par divers procédés tous illégaux. la population palestinienne à leur faire place.

[7] Voir http://www.awalls.org/qui_sommes_nous_francais

[8] CRIF : Conseil représentatif des institutions juives de France

[9] FN : Front National

[10] BNVCA : Bureau National de Vigilance contre l’antisémitisme

[11] CCFI : Chambre de commerce France-Israël

[12] L’autocollant  représente le logo de la page Facebook de la campagne BDS France : http://www.bdsfrance.org/

[13] Georges Ibrahim Abdallah était le chef présumé des Fraction armée révolutionnaire libanaise, condamné en France à la réclusion à la perpétuité pour des actes terroristes, le meurtre d’un attaché militaire américain à Paris et d’un diplomate israéliens, commis en 1982. Ces deux pays occupaient militairement alors le Liban.

Voir http://liberonsgeorges.over-blog.com/

[14] Soit 15 ans de peine incompressible depuis la condamnation de 1984.

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