Chronique raisonnable n° 29 ou leçon d’autodéfense intellectuelle du jeudi 10 janvier 2013

29ème Leçon d’autodéfense intellectuelle Jeudi 10 janvier 2013

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29ème chronique raisonnable, pour :

o     apprendre à soumettre à la critique les informations reçues

·        prévenir les manipulations et

·        démonter les croyances,

« Être libre, c’est ne plus avoir peur et être responsable de sa vie ».

 

Continuons notre exploration dont le but est d’établir un jugement rationnel, au travers de nos trois sources de connaissances que sont notre expérience personnelle, la science et les médias. Aujourd’hui encore, nous explorons l’étude de notre expérience personnelle, et plus particulièrement notre capacité à juger.

 

Mais rappelons-nous l’émission précédente ! Nous avons étudié notre capacité à juger et nous avons découvert nos difficultés à aller contre nos croyances ou nos positions. Nous avons vu des exemples montrant qu’en cherchant plus à confirmer nos hypothèses qu’à les réfuter, nous nous trompions. Nous avons ensuite vu l’effet Pygmalion et comment nos attentes ont le pouvoir de transformer les gens que l’on côtoie. On a aussi vu dans la même veine les prévisions autoréalisatrices; comme les prédictions boursières qui impactent la valeur. Enfin, nous avons abordé les expériences nommées Pygmalion en classe et vu que : par ce qu’elle a dit, par la manière dont elle l’a dit, par le moment où elle l’a dit, par ses expressions faciales, par ses postures et par ses gestes, l’enseignante peut avoir communiqué aux enfants du groupe expérimental qu’elle s’attendait à une amélioration de leurs performances intellectuelles.

 

Pour cette émission, nous allons aborder d’autres expériences mettant en exergue comment notre capacité à juger est soumise à des forces externes, comme le rapport à l’autorité ou à la conformité au groupe. Il s’agit de nous mettre en garde contre la tendance à s’en remettre trop vite et trop exclusivement à autrui pour former notre jugement, sans asseoir notre jugement sur une analyse indépendante.

 

Il en va ainsi de la fameuse expérience de Milgram, présentée dans le film de Melville « I comme Icare ». L’expérience se situe au milieu des années 1960 à l’université Yale. Par une petite annonce parue dans la presse des personnes sont recrutées pour faire une expérience présentée comme la pédagogie par la punition. Un chercheur en blouse blanche présente l’expérience aux volontaires. Il s’agit d’infliger des décharges électriques à un autre « volontaire » lorsqu’il ne retient pas des paires de mots en faisant progresser la puissance de la décharge électrique. Le volontaire qui va enseigner doit s’asseoir sur la chaise de l’élève et il reçoit une faible décharge pour lui montrer la réalité de l’expérience. L’élève est installé sur la chaise et on lui place les électrodes devant l’enseignant. Dans une pièce adjacente, il y a un pupitre avec des boutons correspondant à des charges électriques progressives de 15 à 450 volts, avec des paliers de 15 volts. Des indications indiquent les niveaux de « choc léger » à «  choc très puissant : danger », à partir de 435 volts est indiqué seulement « XXX ». C’est parti pour l’expérience. A chaque erreur de l’élève, l’enseignant administre une décharge électrique plus forte de 15 volts à chaque nouvelle erreur. A partir de 120 volts, l’élève se plaint de douleurs, à 150 volts, il demande qu’on cesse l’expérience, à 270 volts, il hurle de douleur, à 330 volts, il est incapable de parler. L’enseignant hésite à poursuivre ? Le savant en blouse blanche lui rappellera tout au long de l’expérience les règles par quatre injonctions : « veuillez poursuivre », « l’expérience demande que vous poursuiviez », « il est absolument essentiel que vous poursuiviez », « vous n’avez pas le choix, vous devez poursuivre ». Bien sûr, toute l’expérimentation est truquée, seul le volontaire enseignant est le cobaye de l’affaire. L’élève joue le rôle de la douleur. Interrogés par Milgram, avant l’expérience, des adultes de la classe moyenne sur la limite où ils pensaient que eux ou d’autres iraient, tout le monde a pensé que personne n’irait au-delà de 300 volts mais l’expérience montra que 63% des 40 hommes, âgés de 20 à 55 ans, sont allé jusqu’au bout avec des décharges de 450 volts. Ces résultats font froid dans le dos. Cette étude de la soumission à l’autorité reste une contribution incontournable à notre connaissance de la nature de l’autorité et de son pouvoir à nous faire agir de manière irrationnelle.

Quelle leçon retenir pour le penseur critique ? Il faut penser avant d’obéir, toujours se demander si ce qu’on nous demande est justifié, même si la demande émane d’une autorité prestigieuse.

 

Prenons une autre expérience, l’expérience de Asch, qui porte sur les méfaits du conformisme. Ici, le volontaire est conduit dans une pièce où se trouvent neuf sièges disposés en demi-cercle. Le volontaire est installé sur l’avant-dernière chaise et les autres chaises sont progressivement occupées par des participants. Le public observe deux cartes projetées simultanément. Sur la première figure une seule ligne de 20 cm, sur la deuxième figure trois lignes de 15, 20 et 25 cm respectivement. On demande d’indiquer la ligne de la deuxième carte qui correspond à celle de la première. C’est très facile ! Les participants situés à l’autre bout du demi-cercle se prononcent avant la volontaire. Mais stupeur, ils ne donnent pas la bonne réponse. Tous optent pour la mauvaise ligne. Là encore, il s’agit de complices. Mais que va faire le volontaire à son tour de parler ?

Les résultats de l’expérience, de manière récurrente, sont troublants. Plus du tiers des sujets se ralliaient à l’opinion du groupe, 75% se ralliaient au moins une fois.

Leçon ? Le conformisme est dangereux et il faut toujours penser par soi-même. C’est difficile, parfois inconfortable, mais indispensable.

 

On trouve dans cette même veine les arnaques. Ce sont des gestes, des documents, des artefacts destinés à tromper le public. Elles peuvent être inoffensives et commises avec la seule intention de plaisanter mais elles peuvent être mal intentionnées dans le but de soutirer quelque chose à quelqu’un, souvent de l’argent, il s’agit alors d’une escroquerie. Les arnaqueurs prétendent toujours vouloir le bien de leurs victimes et déploient des trésors d’inventivité pour le faire croire. Souvent, les arnaqueurs mises sur la malhonnêteté du pigeon qu’ils veulent escroquer. Ainsi une arnaque réussie doit à la fois être bien pensée et cibler un pigeon qui espère tirer un profit.

Voici l’exemple d’une arnaque. Deux arnaqueurs volent un chien. L’un d’eux se présente dans un bar avec la bête en laisse. Il commande une boisson et parle du chien hérité de sa riche et vieille tante, héritage encombrant dont il se serait bien passé. Il est venu dans ce quartier pour un rendez-vous d’affaire mais il ne peut y amener le chien et il demande au barman s’il accepterait de garder le chien pour une petite demi-heure. Il sort en laissant le chien au barman. Le complice entre alors dans le bar, consomme, fait mine de s’intéresser au chien, indiquant au barman qu’il paierait une somme confortable pour un tel chien, d’une race rare. Le barman avoue qu’il ne peut conclure la vente car le chien est à un client et il va revenir bientôt. Le complice prétend avoir peu de temps mais pour montrer l’intérêt accepte d’attendre une demi-heure. Le premier complice ne revenant pas, le second laisse sa carte au barman pour la remettre au propriétaire qui pourra appeler si la transaction l’intéresse et il sort. Le propriétaire du chien rentre quelque temps après. Le rendez-vous d’affaire a capoté, l’affaire n’a pas été conclue et il avoue avoir de sérieux ennuis financiers et ne peut même pas payer son verre. Toute la base de l’arnaque c’est l’espoir que la victime va réagir comme le barman ici.

Le barman propose au client de payer ce verre et même de l’aider en lui achetant ce chien, car l’animal lui a bien plu. Le client fait mine de refuser puis accepte et repart avec l’argent de la vente. Sitôt parti, le barman appelle le numéro de la carte laissée par le second complice, mais bien sûr il n’y a pas de service pour ce numéro.

 

On trouve ainsi de nombreuses arnaques via Internet. Je vous propose quelques questions à vous poser face aux arnaques envoyées par mail :

         Le texte semble-t-il rédigé par l’auteur ? Est-il signé ? Si ce n’est pas le cas méfiez-vous

         Y trouve-t-on des déclarations d’authenticité, comme : ceci n’est pas une blague ou une légende urbaine ou un canular ? Si c’est le cas méfiez-vous.

         Utilise-t-on avec abondance les lettres majuscules et les points d’exclamation ? Méfiance …

         Utilise-t-on un langage très émotif ? Méfiance …

         Les informations contenues dans le courriel sont-elles extraordinaires ? Données pour secrètes et inconnues de la plupart des gens ? Sont-elles trop belles pour être vraies ? Fait-on des promesses d’enrichissement rapide et sans danger ? De guérison miraculeuse ? Méfiance …

         Donne-t-on des sources ? Sont-elles crédibles ? Sinon, méfiance …

         Donne-t-on une adresse de réponse réelle ? Sinon, méfiance …

         Donne-t-on une adresse Internet ? Est-elle cohérente avec le reste du message ? Si, par exemple, le message provient d’une institution et vous demande de donner une information (disons, un mot de passe : ne le faites jamais !) à un site dont l’adresse n’est pas celle de l’institution en question : méfiance …

         Vérifiez sur Internet si ce message n’a pas déjà été repéré et dénoncé comme une arnaque.

         Portez une attention particulière à l’apparence générale du message. Les arnaqueurs s’efforcent que leurs envois ressemblent à des documents authentiques, mais ils n’y parviennent pas toujours. Par exemple, la lettre de la banque peut contenir d’étranges et inhabituelles fautes d’orthographe ou de goût ; le logo utilisé peut être une simple copie et cela paraît ; et ainsi de suite.

         Un site Internet répertorie ces arnaques, appelées hoaxes en anglais, visitez-le à chaque occasion, il s’agit de http://www.hoaxbuster.org/

 

Au terme de ces réflexions et expériences, on voit qu’il est bien périlleux de justifier nos croyances en recourant à notre expérience personnelle.

 

Schick et Vaughn concluaient la réflexion sur ce thème ainsi :

« Les limites de notre expérience personnelle – le caractère constructif de la perception, de la mémoire, les effets de stress, l’impact des attentes et des croyances, l’attention sélective, notre difficulté à évaluer les probabilités, la validation subjective, les états de conscience altérée et bien d’autres encore – nous conduisent [au principe suivant] :

Il est raisonnable d’accepter l’expérience personnelle comme une source fiable de données, seulement s’il n’y a pas de raison de douter de sa fiabilité.

Pour les raisons d’en douter on compte, en plus de celles qui ont été notées : les mauvaises conditions d’observation (mauvaises visibilité, mauvais éclairage, faibles stimuli, circonstances inhabituelles et ainsi de suite) et tout ce qui diminue physiquement l’observateur (l’alcool, les drogues, la fatigue, une mauvaise vue, une mauvaise ouïe et ainsi de suite) ou qui entre en conflit avec d’autres propositions que nous avons de bonnes raisons de tenir pour vraies. »

 

On se demandera quelles sont les bonnes raisons que l’on peut avoir de tenir pour vraies une proposition, quels sont les savoirs qui permettent de surmonter les limites du recours à l’expérience personnelle ? Nous verrons une réponse dans le prochain chapitre sur la science empirique et expérimentale.

 

Lors de notre prochaine émission, nous clôturerons ce chapitre sur l’expérience personnelle avec les conclusions de Schick et Vaughn et par l’étude d’un outil performant de la pensée critique fort utile face à une proposition « fantastique », il s’agit de la célèbre maxime de David Hume. Enfin, nous ouvrirons le chapitre de la science empirique et expérimentale.

 

Enfin, n’oubliez pas les conseils des émissions précédentes, ces conseils vous sont donnés pour laisser le moins de prise possible à l’émotion manipulatrice voulue.

 

Et retrouvez sur le site du cercle libertaire Jean-Barrué (http://cerclelibertairejb33.free.fr ) nos chroniques en référence au « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Normand Baillargeon.

 

Alors, à la prochaine fois

 

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