Louis Lecoin, Achaïra, le 22 septembre 2011

Louis Lecoin, un créateur de liberté

Quelques petites réflexions à propos de son livre : le Cours d’une vie

Dernièrement, un animateur de revue non-violente pas du tout rebutée par l’anarchisme m’a demandé d’écrire un court papier sur Louis Lecoin le libertaire. J’ai écrit ce papier, et je vous le communiquerai dès sa parution prochaine.

Décédé en 1971, à 83 ans, Louis Lecoin était né en 1888. Lecoin, c’est ce compagnon qui, déjà âgé, entreprit une grève de la faim pour faire sortir de prison ceux que l’on nommait alors les objecteurs de conscience. Cela se passait  dans les années 1960.

Action généreuse ! Action héroïque !

Cet immense petit bonhomme, ce militant toujours sur la brèche, passa en plusieurs périodes douloureuses, vous le savez, une douzaine d’années de sa vie en prison pour avoir mis en concordance sa vie et ses idées. Il ne s’agissait pour lui que d’être cohérent.

Cela suffit à dire la valeur du personnage.

Les tenants du pouvoir et le général de Gaulle, à cette époque de notre dernière campagne coloniale, avaient promis que les jeunes gens alors emprisonnés seraient libérés à la fin de la guerre d’Algérie.

La guerre terminée, rien ne venant, Lecoin se lança, en juin 1962, dans un jeûne à mort qui dura vingt-deux jours, et, à la fin, il obtint satisfaction. Cela aurait pu ne pas aboutir et se terminer par la mort de celui que ses amis nommait le P’tit Louis.

Lecoin se disait « pacifiste intégral » et n’a jamais déclaré qu’il était un partisan des méthodes non-violentes ; sa vie montre plutôt le contraire ; aussi le qualificatif, dans son cas, aurait-il été largement abusif.

Pour autant, certains voudraient faire de lui, maintenant, quelque chose comme un saint laïque de la non-violence.

« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde », a écrit Camus.

Je dis de Louis Lecoin qu’il fut un « créateur de liberté ». Affirmation paradoxale pour cet homme qui a subi de si longues années dans les geôles dela Républiquesans avoir ni tué ni volé qui que ce soit.

Créateur de liberté ? Vous êtes étonnés ? Car la prison − n’est-ce pas ? −, c’est d’abord la privation de la liberté. Alors ?

En effet, qui osera dire, sans rire, que l’on peut être libre en prison ?

Je dirai brièvement que ça dépend du pourquoi on y va.

Tout autre cas de figure : je vous avais parlé il y a quelque temps du livre de Victor Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich.

Victor Klemperer, c’est ce juif, marié à une Aryenne et qui pour cette dernière raison fut provisoirement épargné par Hitler. Il résista périlleusement, douze années durant, soutenu essentiellement par sa compagne et aussi par une certaine « liberté intérieure », et il survécut, presque par hasard.

En lisant le livre de Klemperer, j’avais pointé cette expression de « liberté intérieure »,  dans un commentaire qui n’est pas de l’auteur. Mais, là encore, c’était peut-être encore mal nommer la chose. De toute façon, de quelle efficacité réelle pouvait bien être cette « liberté intérieure » ?

Car qui peut concevoir que l’on soit libre sous une dictature ? Personne ! Pourtant, il y eut bien là une « force » intérieure qui permit à Klemperer de résister.

« Liberté intérieure » ? Il ne s’agit pas, bien sûr, de la liberté toute simple d’aller et de venir.

Il s’agit d’être libre d’une liberté au plus profond de soi, au tréfonds de l’individu, là où il faut aller extirper cette liberté. On dira alors de quelqu’un qu’il est « habité ».

Mais que peut donc être cette « liberté intérieure » ? Cette liberté qui naît au cœur de certains individus − on ne sait trop pourquoi, d’ailleurs − quand l’individu, oui, l’individu, s’arrache à une obligation de faire ce que d’autres veulent l’obliger à faire.

C’est un arrachement qui coûte, mais c’est là que se niche et que naît la liberté.

Et nombreux vont être les cheminements, les développements, les constructions pour que la liberté se développe en fonction des situations et des moments.

Et il ne s’agira plus alors de camper dans sa tour d’ivoire, en « solitaire », mais au contraire d’être « solidaire », ainsi que l’exprime Camus.

Et cette liberté s’épanouira largement d’autant plus que le mouvement deviendra collectif.

Plusieurs configurations, plusieurs mouvements de l’esprit se présentent alors. Il y a d’abord la décision collective de ne plus « servir », de « n’obéir plus », comme l’écrit un certain Étienne deLa Boétie.

Puis il y a un moment où la peur disparaît, presque − allez savoir pourquoi !

Si la peur ne disparaît pas toujours, on y va quand même ; on marche sans doute la peur au ventre, mais on avance…

Cette démarche fut et demeure prépondérante lors des printemps arabes comme encore jusqu’à ces derniers jours en Syrie. Les morts sont innombrables, comme d’ailleurs en Libye où les révoltés ont choisi une voie plus militaire.

Oui, il y a un moment où on ne craint plus la mort ; c’est un privilège et un honneur essentiellement portés par les jeunes gens enthousiastes et aussi parfois par de moins jeunes quand il n’y a plus rien à perdre ou… tout à gagner.

Allez ! Plongeons dans la nuit ; et courage !

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