Un anarcho-syndicaliste, Achaïra, 16 juillet 2009

Carnets de luttes d’un anarcho-syndicaliste

Vous connaissez le « Maitron », le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français qui répertorie « ceux d’en bas », les sans-grade de la militance et aussi quelques autres mieux connus.

Dans le Maitron, on peut trouver, entre des centaines d’autres, le nom de François Bonnaud (AUD à la fin, et non OT comme le Bonnot de la bande du même nom). Qui était François Bonnaud ?

C’est ce que nous apprend le livre intitulé Carnets de luttes d’un anarcho-syndicaliste (1886-1945), édité par le Centre d’histoire du travail en 2008 ; il comporte 264 pages. François Bonnaud, l’auteur de ces carnets, est mort en 1981.

François Bonnaud est issu d’une famille très pauvre du Maine-et-Loire, plus précisément d’Angers ; son père abandonne le domicile conjugal quand il a 9 ans. Pour autant, le jeune François obtient son certificat d’études à 11 ans ; et témoignera toujours d’un goût certain pour les connaissances intellectuelles puisqu’il suivra des cours du soir tout en étant vacher dans une ferme.

Il se situe donc bien dans la lignée d’un Fernand Pelloutier qui préconisait que les libertaires deviennent « des amants passionnés de la culture de soi-même ».

Au début de la Grande Guerre, celle de 14-18, François Bonnaud écrit de lui-même qu’il était plutôt « chauvin et patriote », subissant ce qu’il nommera le « bourrage de crâne ». La guerre venue, il veut donc s’engager.

Sa mère le freine ; et un accident opportun retardera son départ pour le casse-pipe. Cependant, en septembre 1916, il rejoint un régiment de zouaves.

Il évoluera très rapidement devant la morgue de ses supérieurs hiérarchiques qui considèrent la troupe comme de la simple viande pour l’abattoir. Puis, il entre directement dans l’enfer des tranchées, des assauts sanglants et des corps à corps sans pitié : vision d’horreur.

C’est au front pourtant qu’il rencontrera un anarchiste convaincu par le Manifeste des 16 de participer à cette guerre − et qui s’en repentait − ; ce compagnon commencera à l’initier aux idées, comme on dit. C’est au front encore que François Bonnaud sera alerté par les débuts de la Révolution russe au moyen de journaux passés clandestinement, fragments par fragments ; il s’agissait surtout de la Vague de Brizon et Capu.

Au bout de l’aventure, il reste vivant ; et cette Grande Boucherie transformera François Bonnaud en pacifiste, en fera un antimilitariste ; et pour finir un révolutionnaire contre cette société qui conduit les humains à un tel déni de civilisation.

Démobilisé, François Bonnaud entrera aux chemins de fer du Paris-Orléans, comme simple pousseur de wagons, puis travaillera dans des bureaux.

Il commence alors à militer au parti socialiste SFIO pour y défendre la Révolution russe. Suite à une grève, il est révoqué. Il exercera alors plusieurs métiers.

Puis il entre au Parti communiste naissant après la scission d’avec les socialistes, le quitte bientôt après le massacre de Cronstadt et l’écrasement des anarchistes ukrainiens.

Militant à la CGT-U, il se heurtera aux communistes en défendant un syndicalisme révolutionnaire et libertaire. Il écrit : « Je suis la bête noire des communistes qui font tout pour me discréditer. »

Cependant, en 1928, lors d’une réunion de la CGT-U, certains communistes décident de l’envoyer à Moscou au congrès de l’Internationale syndicale rouge en tant que délégué unitaire.

Il reviendra pas du tout enthousiasmé par les réalisations du nouveau régime ; le dira ; et publiera ses impressions dans le Libertaire de l’époque.

La situation devient alors pour lui intenable ; il se retire de la CGT-U pour se mettre « en autonomie ».

Il militera alors au Groupe d’études sociales et à la Ligue des combattants de la paix. C’est à ce moment qu’il entre à la Poste comme facteur et côtoie des militants que nous avons connus : Aristide Lapeyre, Nicolas Lazarevitch et bien d’autres…

Une nouvelle guerre arrive, celle de 39-45. Se sentant surveillé, François Bonnaud restera silencieux et se tiendra tranquille, tout en observant et en se tenant à l’écoute des radios. Mais l’exode l’obligera à fuir sur les routes, lui et sa famille : ils seront mitraillés par l’aviation, puis ils reviendront à leur domicile ravagé. François Bonnaud continuera à écrire ses carnets, pour sa fille. Il ne pensait sans doute pas que ces écrits seraient un jour publiés.

Demeuré pacifiste jusqu’à la fin, il maudira tous les dirigeants, toutes nations confondues, qui après la Première Guerre mondiale imposèrent un traité de Versailles d’une extrême rigueur à l’Allemagne : François Bonnaud verra dans ce traité une des causes de la guerre qui suivit ; le « diktat », dénoncé par Hitler, qui s’en servit pour préparer la revanche.

François Bonnaud fut un homme « libre » : pacifiste, syndicaliste, antimilitariste, internationaliste, anticlérical, hygiéniste, néo-malthusien.

Un anarchiste.

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Les éditions de l’Insomniaque viennent de publier un petit bouquin de 64 pages de Paul Mattick, le fils − c’est un Américain  − intitulé le Jour de l’addition, aux sources de la crise.

Paul Mattick est un marxiste antiautoritaire (je le souligne) qui présente une excellente analyse de ce que nous vivons actuellement. À discuter…

Prochaine chronique dans deux semaines, non ?

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