Chronique raisonnable n° 6 ou leçon d’autodéfense intellectuelle du jeudi 20 octobre 2011

6ème Leçon d’autodéfense intellectuelle Jeudi 20 octobre 2011

 

Pour cette 6ème chronique raisonnable, toujours un même objectif :

o     apprendre à soumettre à la critique les informations reçues,

o     les soumettre à notre raisonnement afin

·        de prévenir les manipulations et

·        de démonter les croyances,

·        que chacun puisse faire sienne la pensée critique et

·        contrôler les peurs avec lesquelles les pouvoirs veulent nous manipuler.

Car « être libre, c’est ne plus avoir peur et être responsable de sa vie ».

 

Aujourd’hui, nous continuons ensemble sur L’art de la fourberie mentale et de la manipulation : avec une dernière livraison de paralogismes informels.

 

Lors de l’émission précédente nous avons présenté quelques-uns de ces paralogismes informels, rappelez-vous !

 

La « pétition de principe » : Dieu existe puisque c’est écrit dans la Bible !

Le paralogisme de la confusion entre la corrélation et la causalité, « Post hoc ergo procter hoc ».

« L’appel à la foule » : argument favori des publicitaires comme le Génération Pepsi.

« Les paralogismes de composition et celui de division » qui confondent les propriétés des parties et celles de l’ensemble. Comme, La France est hexagonale, donc les français sont des hexagones.

« L’appel à l’ignorance », prendra deux formes l’une affirmant la véracité d’une proposition en montrant qu’on n’a pu démontrer sa fausseté, l’autre affirmant la fausseté d’une argumentation dont on n’aura pu démontrer la véracité, alors que la raison conseille de conclure à l’ignorance.

« La pente glissante » vise à nous amener à des conclusions erronées à partir de faits avérés par des glissements successifs dont les liens sont faibles ou approximatifs, donc erronés.

« L’écran de fumée » consiste à détourner le sujet de la conversation en parlant d’autres choses en prétendant faussement qu’il y a un rapport avec le sujet, et ce avec plus ou moins d’élégance.

Nous avons terminé cette deuxième série avec « l’homme de paille », qui consiste à décrire soi-même la position adverse en affaiblissant son argumentation pour mieux la démonter. Mais n’oublions pas qu’une démonstration gagnée de cette façon est de peu de poids et reste à refaire.

 

Continuons donc ensemble la description de cette foultitude de manière de ne pas aborder le sujet et donc de tenter de manipuler son auditoire.

 

« L’appel à la pitié », ou « argumentum ad misericordiam » consiste à énoncer des circonstances exceptionnelles qui devraient justifier de ne pas utiliser les critères habituels pour évaluer une situation en créant la sympathie pour la personne:

         Avant de critiquer les hommes politiques, songez à la dureté de leur tâche.

         Vous ne pouvez pas me donner une mauvaise note à cet examen, mes parents vont en mourir de chagrin.

 

« L’appel à la peur », arrive lorsque l’on cherche à susciter la peur par la menace ou un autre moyen afin de faire valoir sa position. Au lieu de débattre du sujet et des arguments, on déplace le débat vers les conséquences de l’adoption de telle ou telle position. La menace n’a pas besoin d’être explicite, il suffit qu’elle puisse être comprise des partis en présence. Ce paralogisme peut être difficile à détecter lorsqu’il s’appuie sur des peurs profondément ancrées en nous.

         Mécréant ! Tu finiras en enfer !

         Tu t’opposes à la peine de mort, mais tu n’auras pas la même position lorsque toi ou tes enfants seront victimes d’une personne à qui tu as évité la guillotine.

         Tu ne devrais pas dire des choses comme ça en public, cela pourrait arriver aux oreilles du directeur, ça pourrait te couter cher !

         Vous êtes une personne raisonnable et vous savez comme moi que vous n’avez pas les moyens d’affronter un procès interminable.

         Monsieur le directeur, vos journalistes savent bien que cette histoire de pneus défectueux ayant entrainé la mort de quelques personnes ne mérite pas que l’on s’y attarde plus longtemps. En passant : il faudra que nous prenions rendez-vous très bientôt pour discuter de notre campagne de promotion annuelle, celle pour laquelle nous achetons tant d’espace publicitaire dans vos pages.

 

Nous raisonnons fréquemment par analogie, en comparant en général une chose connue d’une moins connue. Ce raisonnement peut être éclairant, ainsi aux débuts de la recherche sur les atomes, on s’est représenté ces nouveaux objets physiques comme de mini systèmes solaires. On a ainsi pu comprendre des propriétés de ce qui était moins connu (les atomes) à partir de ce qui l’était beaucoup plus (le système solaire).

Mais il existe des cas où « une fausse analogie » conduit à penser de façon erronée ce que l’on cherchait à mieux comprendre. Pour lutter contre ce paralogisme de « la fausse analogie », on doit se demander si les similitudes et les différences entre les deux objets comparés sont importantes ou au contraire insignifiantes.

Demandons-nous pour les exemples suivants si l’analogie proposée est ou non légitime :

         La nature elle-même nous apprend que les plus forts survivent, c’est pourquoi nous devrions légaliser et pratiquer systématiquement l’eugénisme

         La pluie et l’érosion finissent par venir à bout des plus hauts sommets, donc la patience et le temps viendront à bout de tous nos problèmes.

         L’école est une petite entreprise où les salaires sont les notes données aux élèves.

         Vouloir s’opposer à l’Accord Multilatéral sur l’Investissement, c’est vouloir s’opposer à la pluie et au beau temps.

         L’UMP a entrepris d’importantes réformes. Réélisez-le ! On ne change pas de monture au milieu d’une course !

         On ne peut pas plus forcer un enfant à apprendre que l’on ne peut forcer un cheval à boire : on ne peut que lui apporter de l’eau.

         « Quelle est, pour moi, la principale injustice dans notre pays ? C’est que celui qui travaille n’ait pas un véritable écart avec celui qui bénéficie des minima sociaux (…) Cette situation-là est pour moi le cancer de la société française ». Laurent Wauquiez, le 8 mai 2011, pour fustiger les dérives de l’assistanat et le RSA.

 

« La suppression des données pertinentes ».

Ce paralogisme est difficile à détecter puisqu’il consiste à masquer des données relatives à la conclusion qui est défendue. Un raisonnement est d’autant plus fort que toutes les données pertinentes ont été prises en compte.

Ce paralogisme peut être intentionnel. Par exemple, la publicité ne précise pas que tous les produits concurrents sont aussi efficaces que le produit vanté quand elle nous dit qu’aucun n’est plus efficace que lui. Mais il peut aussi être involontaire et tenir à notre propension à ne retenir que les arguments qui confirment nos hypothèses préférées. Ainsi, on se cache à soi-même des données pertinentes. Cette pensée est à l’œuvre bien sûr dans les croyances, dans le paranormal et autre groupement sectaire.

 

Face à tous les paralogismes que nous avons vu, Van Eemeren et Grootendorst ont établi dix règles de savoir argumenter, que l’ont peut appeler les « règles de la bienséance argumentative ». On dira qu’un sophisme ou paralogisme est commis chaque fois qu’au moins une de ces règles est transgressée.

 

         Règle n°1 : Les participants ne doivent pas s’empêcher l’un l’autre de soutenir ou de mettre en doute les thèses en présence.

A éviter : le bannissement des thèses ou l’affirmation de leur caractère sacro-saint ; pression sur l’interlocuteur, attaques personnelles, ad hominem.

 

         Règle n°2 : Quiconque se range à une thèse est tenu de la défendre si on le lui demande.

A éviter : se soustraire au fardeau de la preuve ; déplacer le fardeau de la preuve.

 

         Règle n°3 : La critique d’une thèse doit porter sur la thèse réellement avancée.

A éviter : attribuer à quelqu’un une thèse fictive ou déformer sa position par simplification ou exagération, homme de paille.

 

         Règle n°4 : Une thèse ne peut être défendue qu’en alléguant des arguments relatifs à cette thèse.

A éviter : une argumentation ne se rapportant pas à la thèse débattue, ou la thèse défendue à l’aide de ruses rhétoriques (ad populum ou appel au peuple, ad verecundiam ou argument d’autorité..

 

         Règle n°5 : Une personne peut être tenue aux prémisses qu’elle avait gardées implicites.

A éviter : l’exagération d’une prémisse inexprimée représente un cas particulier du sophisme de l’homme de paille.

 

         Règle n°6 : On doit considérer qu’une thèse est défendue de manière concluante si la défense a lieu au moyen d’arguments issus d’un point de départ commun.

A éviter : la présentation abusive d’un énoncé comme point de départ commun ou la dénégation abusive d’un point de départ commun.

 

         Règle n°7 : On doit considérer qu’une thèse est défendue de manière concluante si la défense a lieu au moyen d’arguments pour lesquels un schéma d’argumentation communément accepté trouve son application correcte.

A éviter : l’application d’un schéma d’argumentation inadéquat […] ou l’application de manière inadéquate d’un schéma d’argumentation. (« Le système américain ne se soucie pas de ce qui arrive au malade. Je connais un homme qui est décédé après avoir été renvoyé de l’hôpital. » « Tu n’auras pas d’ordinateur ; ton père et moi n’en avions pas quand nous étions jeunes. »)

 

         Règle n°8 : Les arguments utilisés dans un texte discursif doivent être valides ou sujets à validation par l’explication d’une ou de plusieurs prémisses inexprimées.

A éviter : la confusion entre conditions nécessaires et suffisantes ; la confusion entre les propriétés des parties et celles du tout.

 

         Règle n°9 : L’échec d’une défense doit conduire le protagoniste à rétracter sa thèse, et la réussite d’une défense doit conduire l’antagoniste à rétracter ses doutes concernant la thèse en question.

 

         Règle n°10 : Les énoncés ne doivent pas être vagues et incompréhensifs, ni confus et ambigus, mais faire l’objet d’une interprétation aussi précise que possible

 

Voilà, ces règles sont extraites de « L’Argumentation » de van Eemeren et Grootendorst.

 

 

Nous terminons ainsi cette troisième et dernière partie de la présentation des paralogismes informels, et concluons le Chapitre du langage. Préparez-vous à aborder l’étude de l’univers merveilleux des Mathématiques, ainsi que des pièges que certains en font.

 

Et bien sûr, n’oubliez pas notre ouvrage de référence : le « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Normand Baillargeon, et retrouvez toutes ces chroniques sur le site du cercle libertaire jean barrué (http://cerclelibertairejb33.free.fr )

 

N’oubliez pas, lorsque vous écoutez une argumentation pensez à retrouver la construction des raisonnements employés, quelle est leur validité et ensuite quelle est la véracité des prémisses. Déjà, cette analyse laissera moins de place à l’émotion manipulatrice voulue.

 

A dans quinze jours.

SharePARTAGER
Ce contenu a été publié dans Achaïra, Leçon raisonnable de philaud, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.