Chronique raisonnable n° 5 ou leçon d’autodéfense intellectuelle du jeudi 6 octobre 2011



5ème Leçon d’autodéfense intellectuelle

Jeudi 6 octobre 2011

 

Pour cette 5ème chronique raisonnable, toujours un même objectif :

o     apprendre à soumettre à la critique les informations reçues,

o     les soumettre à notre raisonnement afin

·        de prévenir les manipulations et

·        de démonter les croyances,

·        que chacun puisse faire sienne la pensée critique et

·        contrôler les peurs avec lesquelles les pouvoirs veulent nous manipuler.

Car « être libre, c’est ne plus avoir peur et être responsable de sa vie ».

Aujourd’hui, nous continuons ensemble sur L’art de la fourberie mentale et de la manipulation : avec de nouveaux paralogismes informels.

Lors de l’émission précédente nous avons présenté quelques-uns de ces paralogismes informels, rappelez-vous !

Le « faux dilemme » : America, love it or leave it ! ou La France, on l’aime ou on la quitte !

La « généralisation hâtive» : L’acupuncture ça marche : mon frère a arrêté de fumer en consultant un acupuncteur.

Le « hareng fumé» ou « enfumage », ou la stratégie de la diversion.

« L’argumentation ad hominem» : s’en prendre au messager et non aux idées qu’il énonce.

« L’appel à l’autorité » : si ce recours se justifie parfois, il est soumis à des conditions (expérience réelle sur le sujet, absence d’intérêt à mentir, incapacité à se forger sa propre opinion, nécessite d’un scepticisme résiduel)

Nous avons terminé cette première série sur le poids des proverbes et de la sagesse populaire, en rappelant la nécessité de se méfier des raisonnements basés sur des « c’est bien connu. »

Aujourd’hui, nous continuons sur cette foultitude de manière de ne pas aborder le sujet et donc de tenter de manipuler son auditoire.

Avec « la pétition de principe », nous abordons un raisonnement circulaire, on énonce dans les prémisses ce que l’on veut démontrer en conclusion.

Un exemple simple et répandu :

         Dieu existe, puisque la Bible le dit.

         Et pourquoi devrait-on croire la Bible ?

         Mais parce que c’est la parole de Dieu.

La méthode d’autodéfense, nous préconise ici de bien distinguer les prémisses et les conclusions.

Le paralogisme dénommé « Post hoc ergo procter hoc », reprend une expression latine qui signifie « après ceci, donc à cause de ceci ». Ce paralogisme reprend les superstitions personnelles. Par exemple « j’ai eu un accident avec cette veste rouge, je ne la met plus quand je sors de peur d’avoir à nouveau un accident. » Il y a ici confusion entre corrélation (deux événements surviennent en même temps ou l’un après l’autre) et causalité. On remarquera que dans les hôpitaux, il y a une corrélation entre la présence de médecins et celles de patients, pour autant on ne peut pas dire que les médecins soient la cause de la maladie des patients.

Nous reverrons cette question avec l’étude des statistiques ou cette distinction sera primordiale pour éviter des conclusions erronées.

Pour continuer avec l’usage du latin, prenons « Ad populum » pour « l’appel à la foule ». Il s’agit de se référer à l’autorité supposée de la foule. Le fait que tout le monde le pense, le fasse ou le croie n’est pas en soi un argument suffisant pour conclure que cela est juste, bien ou vrai. C’est le paralogisme favori des publicitaires, qui affirme qu’une chose est juste, bonne, belle ou désirable parce que c’est l’avis de tout le monde, c’est sa popularité qui lui donne ses qualités supposées.

Par exemple : La voiture ZX, n millions de conducteurs ne peuvent pas se tromper.

Ou encore Génération Pepsi.

Un variante est l’appel à la tradition pour conclure (faussement) que puisqu’on a toujours fait de telle manière, c’est que c’est la bonne manière de faire.

Aucune société n’a légalisé le mariage des personnes de même sexe, la notre ne doit donc pas le faire.

L’astrologie est pratiquée depuis toujours, dans toutes les sociétés et des gens de toutes classes sociales y ont eu recours.

Tout le monde, y compris la tradition, peut se tromper. Il faut évaluer à ses mérites la tradition et ses enseignements en se demandant s’ils sont toujours valables aujourd’hui, compte tenu de l’évolution de nos savoirs et de nos valeurs.

Ce paralogisme flatte les convictions les plus conformistes et les plus courantes et peuvent donc s’exercer sans grands risques dans la plupart des milieux. Ses formes extrêmes poussent au fanatisme.

Voyons « les paralogismes de composition et celui de division ». Ils représentent deux manières inverses de confondre les parties et le tout. On parle de « paralogisme de composition » quand on affirme pour le tout ce qui est vrai d’une de ses parties, sans autre justificatif que l’appartenance au tout. Et on parle de « paralogisme de division » quand, au contraire, on affirme que ce qui est vrai du tout, l’est nécessairement pour chacune de ses parties, sans autre justification que l’appartenance des parties au tout.

Le raisonnement semble acceptable mais est erroné en affirmant que le tout doit ressembler aux parties et réciproquement.

Par exemple : 1 et 3 sont des chiffes impairs, leur addition doit donc donner un chiffre impair.

         Consommer du sodium est dangereux, consommer du chlorure l’est aussi, donc consommer du chlorure de sodium doit être aussi dangereux !

         Avec les 20 meilleurs joueurs de football, on a à coup sûr la meilleure équipe de football.

         Le premier violon du meilleur orchestre symphonique au monde est le meilleur premier violon au monde.

Bine sûr tout ceci, ce sont des paralogismes, c’est faux.

Il arrive des situations où l’on ne peut démontrer la vérité ou la fausseté d’une proposition. L’attitude rationnelle consiste à ne pas conclure. Lorsque l’on veut tout de même conclure, on est dans le paralogisme dit de « l’appel à l’ignorance ».

Ce paralogisme prend deux formes. La première consiste à affirmer qu’une proposition est juste puisqu’on n’a pas pu démontrer sa fausseté. La deuxième forme prétend à l’inverse la fausseté d’une proposition dont on n’a pas pu démontrer la véracité.

Par exemple :

         Un légende médiévale prétend qu’une secte religieuse possédait une statue qui, une fois par an, s’agenouillait pour pleurer lorsque les moines priaient devant elle les yeux baissés. Si un moine levait les yeux, la statue restait immobile. Pour les moines, le fait qu’elle restait immobile lorsqu’on la regardait ne prouvait en rien qu’elle ne s’agenouillait pas lorsqu’on ne la regardait pas.

         Seule la bible fait état de la fuite des juifs d’Egypte, ni les écrits égyptiens, ni l’archéologie n’ont de traces de cette fuite. Mais les croyants répondent que c’était pour ne pas offenser le pharaon que personne n’a écrit sur cet épisode de l’histoire de l’Egypte.

Il est parfois juste de conclure sur une absence d’éléments. Ainsi si l’on ne trouve pas de trace de cholestérol dans une analyse de sang, on peut en conclure que l’on n’a pas de cholestérol.

Le paralogisme de « la pente glissante » est un paralogisme dit de diversion, parce qu’il distrait notre attention du sujet discuté. Il part d’éléments successifs pour arriver à des effets indésirables et à souhaiter rejeter le premier élément de la chaîne.

Ainsi, aux Etats-Unis, certains refusent les lois contre le libre port d’armes à feu, car si on les accepte on aura des lois sur ceci puis sur cela, et nous finirons par vivre dans un régime totalitaire.

L’efficacité de ce paralogisme tient dans le fait que la victime ne remarque pas la faiblesse des maillons de cette pente glissante et que le passage d’un maillon à l’autre n’est pas aussi évident que l’énonce le paralogisme. La théorie de l’effet domino relève de ce paralogisme, en envisageant le basculement de régimes de proche en proche.

Le paralogisme de « l’écran de fumée » peut être illustré par cette remarque de Pierre Desproges « Quand un philosophe me répond, je ne comprends plus ma question ! »

Il s’agit de reprendre opportunément quelques-uns des paralogismes précédents, c’est-à-dire lorsque l’on a un adversaire sérieux face à soi, on lui parle d’autre chose.

Le paralogisme dit de « l’homme de paille » tire son nom des mannequins utilisés par les soldats autrefois pour s’entraîner. Il consiste à décrire soi-même la théorie que l’on veut attaquer en la présentant de façon affaiblie et ainsi plus facilement démontable.

Nous devons nous en méfier autant de la part d’adversaires que de le commettre nous-mêmes. Nous devons présenter les arguments que nous combattons sous leur jour le plus favorable. En effet, les victoires remportées dans un débat perdent de leur importance proportionnellement au non-respect de ce principe fondamental.

Nous terminons cette deuxième partie de la présentation des paralogismes informels que nous continuerons lors de notre prochaine émission avec « l’appel à la pitié », « l’appel à la peur », « la fausse analogie », « la suppression de données pertinentes », et nous finirons par « les règles de la bienséance argumentative ». Viendrons ensuite l’étude des mathématiques.

Et bien sûr, n’oubliez pas notre ouvrage de référence : le « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Normand Baillargeon, publié chez Luz en 2006.

Lorsque vous écoutez pensez à retrouver la construction des raisonnements employés, quelle est leur validité et ensuite quelle est la véracité des prémisses. Déjà, cette analyse laissera moins de place à l’émotion manipulatrice voulue.

A dans quinze jours.

 

 

 

 

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