42ème Leçon d’autodéfense intellectuelle – Lundi 6 octobre 2014

42ème Leçon d’autodéfense intellectuelleLundi 6 octobre 2014

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42ème chronique raisonnable, toujours pour :

  • apprendre à soumettre à la critique les informations reçues
  • prévenir les manipulations et
  • démonter les croyances,

« Être libre, c’est ne plus avoir peur et être responsable de sa vie ».

Dans l’émission précédente, nous avons entendu comment apprendre à repérer les omissions, les façons de fausser la présentation des faits, à partir de certains points de vue particuliers, de certaines valeurs. C’était les 15 premières d’une liste de 31 stratégies pour entretenir une attitude critique par rapport aux médias.

Nous allons dans cette dernière chronique continuer à auditer la suite de cette liste.

  • Enregistrez sur un magnétoscope quelques présentations de votre journal télévisé favori. Visionnez ensuite vos enregistrements après vous être muni d’une montre. Inscrivez sur une feuille de papier les sujets traités, l’ordre dans lequel ils le sont et le temps consacré à chacun. Consultez ensuite divers autres médias pour savoir ce qui aurait pu être traité ces différents jours là. Concluez.
  • Consultez régulièrement, mais surtout en temps de crise, les sites Internet d’Amnesty International et de Human Rights Watch, par exemple. Vous y trouverez de précieuses informations peu ou pas du tout reprises dans les grands médias.
  • Suivez systématiquement des thèmes et des sujets dans la longue durée, par exemple dans un même média.
  • Comparez le traitement proposé par un même média pour deux sujets donnés qu’on peut raisonnablement penser comparables sur tous les plans sauf un. Par exemple, comparez le traitement réservé à des actes criminels commis par des ennemis et celui qui est réservé à des actes comparables mais commis par des amis. Un syndicaliste est-il accusé d’avoir fracassé une porte ? comparez le traitement qui est fait de cet évènement avec celui d’un patron ayant commis un crime beaucoup plus grave, entraînant des morts, par exemple.
  • Transcrivez, si vous en avez la patience, tout ce qui se dit durant un journal télévisé. Analysez ensuite votre texte quantitativement : combien de mots ont été prononcés sur tel ou tel sujet ? Par qui ? A combien de pages de votre quotidien préféré cela correspond-il ? Comparez vos résultats avec différents textes écrits. Ne m’en veuillez pas si vous concluez, avec raison, que vous n’écouterez plus jamais les informations à la télé. On peut utiliser les bases de données pour faire de la recherche simultanément dans plusieurs journaux. Par exemple, eureka.cc mais il faut un abonnement.
  • Devant chaque information, demandez-vous : Qui parle ? A-t-il un intérêt dans ce dont il est question ? Quelles sont ses valeurs et présuppositions ? Les autres points de vue possibles sont-ils présentés ? Le sujet est-il traité superficiellement ou en profondeur ? Quelles contre-manifestations historiques et sociales (le cas échéant) sont proposées pour comprendre les causes et la complexité du phénomène ?
  • Les sources utilisées sont-elles précisées ? Sont-elles multiples ? Fiables ? Il faut vous méfier si on vous parle de « sources autorisées » ou « d’observateurs ».
  • Le spectacle et le vécu. Ce qui est rapporté l’est-il manifestement dans le but quasi exclusif de susciter l’intérêt, en s’en tenant au sensationnalisme, au divertissement, au spectacle et à l’« intérêt humain » ? Si c’est le cas, méfiez-vous. Mieux encore : fermer la télé ou le journal – vous ne perdrez rien.
  • Les experts. Apprenez à reconnaître qui parle, d’où il parle, quel point de vue n’est pas représenté, n’est pas invité ou n’a pas droit de parole. Portez une grande attention à l’appartenance institutionnelle des experts, en particulier de ceux qui reviennent sans cesse dans les médias pour s’exprimer sur certains sujets donnés, ou en temps de crise.
  • Etudiez la philosophie politique. Chacun de nous voit le monde à travers le prisme de convictions plus ou moins consciemment adoptées. Elles relèvent de deux catégories : valeurs et conceptions du monde. De nombreux débats sont au fond des conflits entre des valeurs et des visions du monde différentes auxquelles les protagonistes adhèrent fermement. Pour connaître les valeurs et les conceptions du monde qui portent les différentes visions du monde, étudiez les grands systèmes qui les organisent. Vous ne pouvez pas adopter une attitude critique face aux médias si vous ne savez pas ce que sont le libertarianisme, le libéralisme, la social-démocratie, le keynésianisme, l’utilitarisme, le monétarisme, le socialisme, l’anarchisme, le féminisme, le communautarisme et ainsi de suite.
  • Le vocabulaire. Rappelez-vous les émissions sur le langage et la rhétorique. C’est l’occasion de s’en servir.
  • Les chiffres. Rappelez-vous les chroniques sur les mathématiques. Encore une occasion de se servir de ce qui a été appris dans ces émissions.
  • Lisez chomsky. Bien sûr, il y a ses livres, mais aussi ses articles. Il écrit régulièrement sur ZNet, où il tient un blog et où vous pouvez lui poser des questions. Après avoir lu son livre « La fabrication du consentement », vous pourrez voir le film.
  • Lisez régulièrement d’autres sources d’informations. Lisez et fréquentez la presse et les médias indépendants et alternatifs mais aussi la presse et les médias spécialisés. Une liste partielle vous en sera proposée sur le blog du cercle libertaire Jean-Barrué.
  • Méfiez-vous de l’influence de vos propres valeurs et présuppositions sur ce que vous percevez. Rappelez-vous que vous n’êtes pas immunisés contre la perception sélective, la dissonance cognitive et ainsi de suite.
  • Rappelez-vous que tout le monde a des valeurs et des présuppositions. Méfiez-vous donc aussi des auteurs de Petits cours d’autodéfense intellectuelle et donc de l’auteur de cette chronique. En tout cas, ils ne vous cachent pas que leurs convictions sont libertaires et vous invitent à le prendre en compte pour évaluer leurs propos.

Nous terminerons ce chapitre et cette série de leçons par la proposition de quelques règles de conduite tirées de ce que nous avons appris dans les leçons précédentes.

 

Quelques règles d’or

Considérations générales sur les médias

A qui appartient ce média ?

Quels biais éventuels ce type de propriétaire peut-il avoir ?

Quelle est la place qu’il réserve à la publicité ?

Quelles sources sont utilisées – agence de presse, enquêtes, experts, gouvernements, entreprises de relations publiques, etc. ?

Considérations générales sur un document

Qui signe l’article que je lis, le reportage que je vois ou que j’entends ?

Est-ce une personne crédible ? Biaisée ?

Qu’est-ce qui me le fait croire ?

A quel public s’adresse-t-on ?

Quelles présuppositions et valeurs sont adoptées ?

De quel point de vue parle-t-on ?

De quel genre de texte s’agit-il ? nouvelle ? opinion ? reportage ? chronique ? éditorial ? publicité ? autre chose encore ?

Pistes d’analyse d’un document

Où ce document est-il joué dans l’ensemble des média ? En première ou dernière page ? En ouverture ou en fermeture du bulletin ?

Quel sujet ou problème est abordé ?

Le média a-t-il des intérêts dans la nouvelle, l’histoire, le sujet, le problème traité ou abordé ?

Quelle part de sensationnalisme entre en jeu ?

Joue-t-on excessivement sur le nouveau, l’inhabituel, le sensationnel, le dramatique ?

Quelle place est faite aux images ou illustrations ?

Quelles sources sont utilisées ?

Quels faits sont invoqués ?

Sont-ils pertinents et crédibles, leur présentation est-elle biaisée ?

Quels arguments sont invoqués ? Sont-ils valides ?

Y a-t-il des contradictions ?

Le vocabulaire utilisé est-il neutre ?

Pourrait-on tirer d’autres conclusions à partir des mêmes faits ?

Comment jugerait-on de ces faits selon d’autres perspectives – par exemple ailleurs dans le monde, dans d’autres classes sociales, selon le sexe ou l’âge ?

Peut-on tirer quelque chose de pareilles multiplications des points de vue ?

Nous avons vu tout ce qui pouvait être utile pour commencer une bonne auto défense intellectuelle.

Mais vous aurez besoin d’approfondir ces connaissances de la pensée critique en vous référant par exemple aux bibliographies que nous mettrons à votre disposition sur le blog du cercle libertaire.

Laissons, avec Normand Baillargeon, la conclusion à Carl Sagan sur ce qui est à trouver, ce « délicat équilibre » de la pensée critique :

Il me semble que ce qui est requis est un délicat équilibre entre deux tendances : celle qui nous pousse à scruter de manière inlassablement sceptique toutes les hypothèses qui nous sont soumises et celle qui nous invite à garder une ouverture aux idées nouvelles. Si vous n’êtes que sceptique, aucune idée nouvelle ne parvient jusqu’à vous ; vous n’apprenez jamais quoi que ce soit de nouveau ; vous devenez une détestable personne convaincue que la sottise règne sur le monde – et, bien entendu, bien des faits sont là pour vous donner raison. D’un autre côté, si vous êtes ouvert jusqu’à la crédulité et n’avez pas une once de scepticisme en vous, alors vous n’êtes même plus capable de distinguer entre les idées utiles et celles qui n’ont aucun intérêt. Si toutes les idées ont la même validité, vous êtes perdu : car alors aucune idée n’a plus de valeur.

N’oubliez pas les conseils de cette série de 42 chroniques qui se termine ici, ces conseils vous ont été donnés pour laisser le moins de prise possible à l’émotion manipulatrice voulue.

Et retrouvez sur le site du cercle libertaire Jean-Barrué l’ensemble de ces chroniques en référence au « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Normand Baillargeon.

Alors, soyez vigilants et critiques et n’ayez pas peur, car la peur n’évite pas le danger !

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