Chronique raisonnable n° 34 ou leçon d’autodéfense intellectuelle du jeudi 30 mai 2013

34e Leçon d’autodéfense intellectuelleJeudi 30 mai 2013

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34e chronique raisonnable, pour :

§         apprendre à soumettre à la critique les informations reçues

§         prévenir les manipulations et

§         démonter les croyances,

« Être libre, c’est ne plus avoir peur et être responsable de sa vie ».

Continuons notre exploration dont le but est d’établir un jugement rationnel, au travers de nos trois sources de connaissances que sont notre expérience personnelle, la science et les médias. Aujourd’hui encore, nous poursuivrons l’étude de la science expérimentale.

 

Mais rappelons-nous l’émission précédente ! Nous avons tenté de définir la science comme un mode de connaissance qui cherche l’objectivité au travers de différents moyens. Nous avons distingué les sciences entre les sciences formelles des sciences factuelles, ces dernières se distinguent entre sciences humaines et sciences de la nature, enfin on distinguera par l’utilisation plus ou moins poussée de la méthode hypothétique-déductive. Ensuite, nous avons évoqué les trois principaux fondements de la science empirique et expérimentale, 3 présuppositions raisonnables mais indémontrables, formulées ainsi :

1 – Il existe un monde réel indépendant de nous, de nos croyances, représentations, sentiments, opinions, cadres conceptuels, etc.

2 – Certaines de nos propositions décrivent des états de ce monde réel ; elles sont en principe vraies ou fausses, selon que ce qui est affirmé est conforme ou non à ce qui est observé véritablement dans le monde réel.

3 – Nous pouvons communiquer aux autres ce que nous pensons avoir découvert du monde, et les autres peuvent à leur tour entreprendre de les vérifier.

 

Pour cette émission, nous nous intéressons à la science comme pratique et à l’envers des sciences avec les pseudo-sciences.

 

Cela semble évident, mais il faut rappeler que la science est une pratique sociale, faites par des humains dans un contexte social, politique et économique. Ce contexte pèse sur les choix d’investissement dans telle ou telle branche de la recherche, sur les orientations, voire sur les résultats. Il s’agit toujours de s’intéresser dans quelle mesure ce contexte a pu jouer sur les résultats. Prendre connaissance de ce contexte, n’est pas nier la rationalité de la science, ni la recherche assidue de manipulations, mais il est nécessaire de rester lucide et critique sur les influences tant sur les choix de recherche que sur les résultats publiés. Nous citerons l’exemple de travaux minorant les dangers du tabagisme, recherches ayant été financées par des compagnies de tabac. On peut aussi citer l’exemple dramatique de la recherche sur les dangers de l’amiante, où les médecins des organismes de surveillance de l’amiante sont financés par les entreprises de l’amiante. Ces dangers ont mis plus d’un demi-siècle entre la reconnaissance médicale des dangers pour la santé, jusqu’aux mesures d’interdiction. Chercheurs et médecins de l’INSERM et de l’INRS, ont longtemps été financés par les entreprises de l’amiante. Il a fallu le combat de familles de victimes pour rendre public ce scandale. Ne parlons pas du scandale du Mediator, qui est d’actualité. Des scientifiques acceptent de servir leur image au service d’intérêts financiers, dans les domaines de la médecine, de la pharmacie et bien d’autres. La bataille des OGM qui opposent des chercheurs, chacun financés par des groupes différents mais avec des moyens financiers inégaux. Un champ d’attention est ici ouvert au penseur critique.

On remarquera que les sciences de la vie sont les plus touchées, on en parle rarement en Mathématiques et en Logique, c’est que les enjeux sont plus importants. D’un côté, les budgets publics alloués à la recherche universitaire sont en réduction drastique depuis la crise pétrolière de 1973, d’un autre la possibilité de financer la recherche par les entreprises privées orientent principalement les fonds alloués vers le « retour sur investissement » exigé par ces « généreuses » entreprises.

Les conflits d’intérêt sont nombreux et la revue « New England Journal of Medecine » avouait sa difficulté à trouver des chercheurs indépendants, sans liens avec l’industrie pharmaceutique, pour évaluer les articles soumis à publication.

On citera le cas de Nancy Olivieri, hématologue travaillant dans un hôpital de Toronto et professeure-chercheuse à l’université de Toronto. Elle faisait des recherches sur le Deferiprone et découvrit des effets secondaires dangereux. Lorsqu’elle voulut publier ces résultats importants, elle se heurta à la compagnie Aporex, qui produit le médicament et avait commandités ses travaux. La compagnie a lancé une campagne juridique et médiatique pour salir la chercheuse et interdire la publication de son article. La chercheuse ne fut défendue ni par l’université ni par l’hôpital, soucieux du financement de leurs activités par la compagnie pharmaceutique. Après deux années d’enquête, une commission rendit son rapport : « tout cela est arrivé parce que les institutions publiques doivent désormais dépendre du financement des entreprises privées ». 

Il existe des dizaines de cas similaires dans le monde. Abandonnés par l’aide publique, les chercheurs ont besoin des fonds et du soutien matériel des compagnies pharmaceutiques, ce qui entraîne des incursions du privé dans la recherche, cela suscite du malaise, mais de fait, ce processus empêche toute recherche indépendante et je ne pense pas que la loi Fioraso changera cette situation bien au contraire, la ministre accentue la privatisation.

 

Cherchons maintenant à voir comment distinguer sciences et pseudo-sciences. La découverte de la ligne de séparation n’est pas aussi évidente qu’il n’y paraît. Ainsi, Karl Popper épistémologue influent du XX° siècle, se passionne pour les idées révolutionnaires de son époque. Il est attiré par l’interprétation matérialiste, dialectique de l’histoire proposé par le marxisme. Les marxistes tirent des lois avec lesquelles ils analysent le passé et le présent et prédisent ce qui selon eux ne peut manquer de survenir, à savoir l’avènement du communisme. Il est aussi intéressé par la psychanalyse, avec le concept d’inconscient et un modèle du psychisme humain avec les pulsions les refoulements, un Ca, un Moi et un Sur-moi. Ce modèle permet d’expliquer les rêves, les lapsus et bien des comportements, jusqu’aux maladies que la psychanalyse prétend traiter. Il s’intéresse enfin à la physique et à la théorie de la relativité générale d’Einstein. Ces trois systèmes semblent à première vue semblables, ces catégories abstraites et générales sont invoquées dans le cadre d’une théorie qui sert à expliquer et à prédire certains phénomènes. Popper soutiendra que ce qui distingue ces trois théories et fait que les deux premières ne sont pas scientifiques, tandis que la dernière l’est, c’est le risque que celle-ci soit incompatible avec certains résultats possibles de l’observation.

En somme, une théorie scientifique est falsifiable parce qu’il serait possible de la découvrir fausse, en la testant par expériences. Quant aux marxistes et aux freudiens, ils ne découvrent que des confirmations de leurs idées dans toutes expériences ; rien, jamais, ne contredit leurs théories. Pour Popper, c’est là la marque de la pseudoscience. Cette idée intéressant a ses limites.

 

Prenons cet exemple historique. L’orbite d’Uranus, telle qu’observée par les astronomes, était systématiquement différente de celle prédite par les calculs effectués à partir de la mécanique newtonienne, modèle exemplaire d’une théorie scientifique à l’époque. On avait donc une théorie falsifiée par l’expérience. Mais les physiciens et les astronomes ne renoncèrent pas pour autant à la mécanique newtonienne. Au contraire, ils cherchèrent dans l’expérience ce qui pourrait sauver la théorie. Ils cherchèrent l’existence d’une autre planète, inconnue, non prise en compte par les calculs. Cette planète qui rendait juste les calculs fut finalement découverte, il s’agit de Neptune.

 

Normand Baillargeon propose de distinguer les sciences des pseudosciences sur un continuum qui irait par degrés, des pseudosciences réellement et irrémédiablement bidon aux sciences réelles les plus solides et les plus crédibles, en passant par les proto-sciences (sciences en voie de devenir scientifiques).

 

Bien sûr cette distinction va s’appuyer sur de nombreux critères que nous vous présenterons dans notre prochaine émission.

 

Enfin, n’oubliez pas les conseils des émissions précédentes, ces conseils vous sont donnés pour laisser le moins de prise possible à l’émotion manipulatrice voulue.

 

Et retrouvez sur le site du cercle libertaire Jean-Barrué (http://cerclelibertairejb33.free.fr ) nos chroniques en référence au « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Normand Baillargeon.

 

Alors, à la prochaine fois

 

Dear User,
Philippe recommends you this link:
http://cerclelibertairejb33.free.fr/?p=3233

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