Chronique raisonnable n° 33 ou leçon d’autodéfense intellectuelle du jeudi 18 avril 2013

33ème Leçon d’autodéfense intellectuelle Jeudi 18 avril 2013

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33ème chronique raisonnable, pour :
§         apprendre à soumettre à la critique les informations reçues
§         prévenir les manipulations et
§         démonter les croyances,

« Être libre, c’est ne plus avoir peur et être responsable de sa vie ».

Continuons notre exploration dont le but est d’établir un jugement rationnel, au travers de nos trois sources de connaissances que sont notre expérience personnelle, la science et les médias. Aujourd’hui encore, nous poursuivrons l’étude de la science expérimentale.

 

Mais rappelons-nous l’émission précédente ! Nous avons étudié trois modalités de vérification expérimentale, qui nous ont mis à l’épreuve des difficultés de la recherche de la preuve et nous ont montré des manières de surmonter ces difficultés. Il s’agissait de l’expérimentation avec contrôle de variables, de l’expérimentation avec groupes de contrôle et de l’expérimentation en double aveugle. Au travers de la présentation de quelques exemples d’expérimentations, nous avons pu avoir une idée assez juste de ce que font les scientifiques.

 

Abordons pour cette émission le lien entre science et épistémologie. Rappelons que l’épistémologie est l’étude critique de la science, de ses principes, méthodes et conclusions.

 

Nous allons aborder ici des problèmes techniques et difficiles et qui font toujours débat entre les spécialistes.

 

Disons en premier que le mot science a plusieurs sens, et on utilise le mot pour désigner des applications pratiques ou techniques des sciences. On devrait alors parler de technique, de technologie ou bien de science appliquée.

 

Tentons de définir ce qu’est la science.

 

La science est un mode de connaissance qui cherche l’objectivité au travers de différents moyens comme ceux que nous avons vu dans les chroniques précédentes. Elle utilise ces méthodes logiques et empiriques, mais aussi elle systématise ces observations, mathématise les concepts, et développe des concepts qui ne sont pas interprétables ou ambigus, elle donne un caractère public et répétable des expériences. Cependant, la science reste humaine et faillible. Si certaines propositions des sciences nous semblent des certitudes, toutes les propositions de la science sont de plein droit révisables. En effet, la science est faillible, il n’y a pas comme en religion ou en pseudo-sciences de certitudes absolues, il n’y a que des propositions qui peuvent être un jour ou l’autre révisées.

 

La science étudie des phénomènes, des objets construits et mis en évidence par elle. La simple observation de ces phénomènes peut demander des connaissances qui ne sont accessibles qu’avec un effort intellectuel très important. La science nécessite aussi un appareillage complexe et d’être capable psychologiquement de rompre avec nos connaissances et nos modes de pensée ordinaires.

Par exemple la mécanique classique affirme que tous les corps tombent selon la même loi, la loi d’inertie affirme que les corps en mouvement rectiligne uniforme poursuivent leur mouvement de la même façon si aucune autre force n’agit sur eux. C’est élémentaire mais contre-intuitif par rapport à notre savoir ordinaire basé sur notre expérience immédiate.

 

Pour connaître des phénomènes, la science établit entre eux des relations exprimées par des lois. Ces phénomènes et ces lois sont elle-même interreliées dans des réseaux de concepts appelés des théories.

Redisons-le les faits, les lois et les théories scientifiques sont souvent contre-intuitifs mais permettent parfois de prédire ou même de contrôler les phénomènes qu’elle étudie, en jouant sur leurs causes ou leurs effets.

Etudions maintenant la diversité des sciences.

 

On distinguera tout d’abord les sciences formelles des sciences factuelles. Les premières s’intéressent à la forme des propositions qu’elles étudient, on retrouve ici la logique et les mathématiques. La logique ne se soucie pas de la réalité des propositions qu’elles étudient mais seulement de leur conformité à certaines règles. Ainsi lorsqu’elle étudie la proposition P ou non P, par exemple « il pleut » ou « il ne pleut pas », elle dit que la proposition est valide mais ne nous dit en rien quel temps il fait réellement. Les secondes, les sciences factuelles, portent sur les faits du monde. On y retrouve la zoologie, l’anthropologie, la biologie, la mycologie, la chimie.

Parmi les sciences factuelles, on distingue les sciences humaines ou sociales et les sciences de la nature, bien que certaines sciences soient difficiles à classer ainsi, telle la psychobiologie humaine ou l’anthropologie physique.

Une nouvelle distinction peut aussi être trouvée selon les méthodes utilisées. Les sciences formelles utilisent une méthode qui consiste à poser des systèmes d’axiomes, c’est-à-dire des propositions élémentaires et non susceptibles d’être démontrées, tel l’axiome mathématique « 1 = 1 » ou encore en géométrie plane « 2 droites se rencontrent ou ne se rencontrent pas et dans ce dernier cas elles sont appelées parallèles », on peut aussi utiliser les termes de convention ou postulat. Ce système d’axiomes est posé à titre d’hypothèses et on en déduit des théorèmes, en s’assurant de la conformité à des critères formels tels la cohérence ou l’exhaustivité. Les sciences factuelles sont parfois condamnée à se contenter d’observer telle l’astronomie classique mais la tendance des sciences est d’aller vers l’expérimentation, c’est-à-dire poser des hypothèses et tenter de les vérifier ou de les démontrer.

La méthode est appelée hypothétique-déductive, elle est l’apanage des sciences formelles mais les sciences factuelles évoluent au fur et à mesure de l’avancement de leurs connaissances par l’élaboration de lois et de théories, vers des sciences déductives On dit alors que la science est devenue axiomatisée. Ce processus vers l’axiomatisation permet à nouveau de distinguer les sciences en fonction de leur degré de développement vers une abstraction plus grande. On dira que certaines sciences sont encore taxinomiques, se contentent de classifier leurs observations, comme la mycologie ou étude des champignons, ensuite elles sont dites inductives avec l’élaboration des premières lois, enfin elles sont déductives avec l’établissement de théories.

 

Evoquons maintenant les trois principaux fondements de la science empirique et expérimentale.

Pour se développer, la science empirique et expérimentale a dû s’appuyer sur 3 présuppositions raisonnables mais indémontrables, ces postulats sont indispensables, nous allons le voir.

Ces 3 idées peuvent se formuler ainsi :

1 – Il existe un monde réel indépendant de nous, de nos croyances, représentations, sentiments, opinions, cadres conceptuels, etc.

2 – Certaines de nos propositions décrivent des états de ce monde réel ; elles sont en principe vraies ou fausses, selon que ce qui est affirmé est conforme ou non à ce qui est observé véritablement dans le monde réel.

3 – Nous pouvons communiquer aux autres ce que nous pensons avoir découvert du monde, et les autres peuvent à leur tour entre prendre de les vérifier.

 

 

 

La première idée est celle du réalisme extérieur. C’est une attitude métaphysique assez communément adoptée en particulier par les philosophes et les scientifiques. Il ne s’agit pas d’une thèse sur le monde mais la condition préalable à toute connaissance.

Le spécialiste des mathématiques récréatives, Marin Gardner, la présente ainsi :

« Si vous demandez pourquoi tous les scientifiques, tous les philosophes et tous les gens ordinaires, à de rares exceptions près, ont été et sont toujours des réalistes impénitents, laissez-moi vous le dire. Aucune conjoncture scientifique n’a été confirmée de manière aussi spectaculaire. Aucune autre hypothèse n’offre d’explication aussi simple de la raison pour laquelle la galaxie d’Andromède est de forme spiroïdale sur tous les clichés, de la raison pour laquelle tous les électrons sont identiques, de la raison pour laquelle les lois de la physique sont les mêmes à Tokyo qu’à Londres ou sur Mars, qu’elles étaient présentes avant que la vie n’apparaisse et seront toujours présentes si toute vie s’éteint, de la raison pour laquelle n’importe qui peut prendre un cube en fermant les yeux et compter huit coins, six faces et douze arêtes, et de la raison pour laquelle votre chambre vous paraît la même que celle dans laquelle vous vous êtes éveillé hier matin. »

 

La deuxième thèse est celle de la vérité-correspondance. Elle affirme que nos propositions sur le monde réel sont vraies ou fausses selon qu’elles correspondent ou non à ce qui s’observe réellement dans le monde. C’est elle aussi une idée assez communément admise par le sens commun, les philosophes et les scientifiques. Aristote formulait ainsi cette idée : « dire vrai c’est dire de ce qui est que cela est et de ce qui n’est pas que cela n’est pas », pour la scolastique ou philosophie médiévale chrétienne, la servante de la théologie, le vrai c’est la conformité ou l’adéquation de nos pensées aux choses.

On distinguera cependant le concept de vérité et les procédures de détermination de la vérité.

C’est le logicien Tarsky qui a donné la formulation technique et canonique. La proposition « la neige est blanche » est vraie si la neige est blanche. La vérité se définit dans cet exemple par le retrait des guillemets autour de la proposition. Mais ce n’est pas toujours aussi simple et il est parfois impossible de dire si une proposition est vraie ou fausse. Par contre la définition du concept de vérité reste toujours la même.

Prenons un exemple présenté par Marin Gardner. Soit un jeu neuf de 52 cartes. Les cartes sont étalées face cachée et je tire une carte au hasard et l’isole sans la retourner. J’écris alors sur une feuille « cette carte est la dame de cœur ». Que signifie « cette proposition est vraie » ? Il ne s’agit pas de répondre COMMENT nous saurons qu’elle est vraie. On répondra que cette proposition est vraie si et seulement si cette carte est la dame de cœur. Et comment déciderons-nous si c’est le cas ? Chacun répondra intuitivement « en retournant la carte, nous saurons s’il s’agit bien de la dame de cœur ». Nous avons ici pu distinguer clairement la question de la signification de la vérité de celle de la procédure permettant de décider de la vérité. Il arrive qu’il soit difficile de déterminer des critères et des procédures pour établir la vérité, il nous est alors impossible de formuler un jugement, même si le concept de vérité est inchangé.

Changeons cet exemple en indiquant sur la feuille « cette carte était la dame de cœur », après avoir repris la carte isolée, sans la montrer à personne et en la remettant dans le paquet mélangé. Le concept de vérité ne change pas mais remarquez combien il est difficile de déterminer si la proposition est vraie. On pourra chercher sur la carte des traces de bois laissées par la table ou bien des empreintes de la personne sur les deux faces. Si on retrouve ces signes distinctifs sur la dame de cœur et elle seule, alors on sera tenté de dire que la proposition « cette carte était la dame de cœur » est vraie. Mais avec quel degré de certitudes pourra-t-on faire cette réponse ? C’est une des questions que se posent couramment les chercheurs et un sujet d’étude irrésolu pour les épistémologues.

Enfin, si je jette le paquet au feu et que toutes les cartes brulent. La proposition « cette carte était la dame de cœur » reste inchangée mais il n’y a apriori plus de moyens de savoir si elle est vraie.

 

Le troisième postulat pose simplement la possibilité de communiquer par le langage les propositions décrivant le monde et la possibilité de vérifier les résultats allégés, en général en pouvant répéter les expériences qui ont été menée pour y arriver.

 

Bien sûr, ce postulat est celui que l’on adopte lorsque l’on parle ou agit, et cela spontanément. Par exemple, si je programme un voyage au Mexique en consultant un guide pour connaître le climat, je suppose comme allant de soi que les auteurs du livre ont adopté les principes du réalisme extérieur, de la vérité-correspondance et celui de la communication et vérification publique.

Ce faisant, je suppose qu’il existe, hors de moi, des autres et de nos représentations, un lieu physique où je veux me rendre, et ayant des propriétés indépendantes de moi et des autres et enfin que l’ouvrage que je consulte dit vrai à propos de la météo du lieu. Je pourrai moi-même le vérifier lorsque je me rendrai sur place.

 

Dans la prochaine émission, nousnous  intéresserons à la pratique et à la réalité sociale et politique de la science, et enfin à l’envers des sciences avec les pseudo-sciences.

 

Enfin, n’oubliez pas les conseils des émissions précédentes, ces conseils vous sont donnés pour laisser le moins de prise possible à l’émotion manipulatrice voulue.

Et retrouvez sur le site du cercle libertaire Jean-Barrué (http://cerclelibertairejb33.free.fr ) nos chroniques en référence au « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Normand Baillargeon.

Alors, à la prochaine fois

 

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