Chronique raisonnable n° 11 ou leçon d’autodéfense intellectuelle du jeudi 29 décembre 2011

11ème Leçon d’autodéfense intellectuelle Jeudi 29 décembre 2011

11ème chronique raisonnable, pour :

o        apprendre à soumettre à la critique les informations reçues, afin :
·        de prévenir les manipulations et
·        de démonter les croyances,
·        que chacun puisse faire sienne la pensée critique et
·        contrôler les peurs avec lesquelles les pouvoirs veulent nous manipuler.
Car « être libre, c’est ne plus avoir peur et être responsable de sa vie ».
Aujourd’hui, nous allons continuer ensemble l’étude des pièges d’un usage malicieux des mathématiques : afin d’apprendre à compter pour ne pas s’en laisser conter.

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Lors de l’émission précédente nous avons exploré quelques pièges présentés dans ce chapitre sur les mathématiques, rappelez-vous !

 

Nous avons appris à ne pas nous laisser impressionner par une illusion de précision extrême, comme la moyenne de la longueur des chats de la maison au millimètre prés. Nous avons ensuite appris à ne pas être victime de définitions arbitraires destinées à promouvoir une présentation intéressée d’une situation, nous avons regardé des usages parlant de la comptabilité. 

Continuons donc ensemble à observer deux manifestations courantes de l’innumérisme et leur traitement. 

Le problème étudié : « la donnée détachée ou semi-détachée ». La solution : « rattachez-moi ça à quelque chose ! ».
Des données sont dites détachées quand elles ne se réfèrent à rien ou lorsque leurs référents sont approximatifs et ne permettent pas de savoir de quoi on parle.
Par exemple, en disant « Plus de 80% des personnes testées ont préféré le chocolat Talou », les fabricants du chocolat Talou veulent nous dire que nous préférerons nous aussi son chocolat. Nous avons de bonnes raisons de ne pas céder à la tentation puisque ces données sont détachées et que rien ne nous permet d’affirmer quoi que ce soit.
Tout d’abord, on peut dire que l’important est votre gout et non celui de 80% des personnes testées. Mais ensuite, on doit se poser les questions suivantes : combien de personnes ont été testées, est-ce 800 sur 1000 ou 8 sur 10, comment l’échantillon a-t-il été constitué, combien de fois le test a-t-il été réalisé, à quoi d’autres ces personnes ont préféré ce chocolat, à une autre marque immangeable, à toutes les autres marques. On peut donc remarquer que ces 80% sont des données détachées.
Un autre exemple, « deux fois moins de glucide » annonce cette tranche de pain dédiée aux diabétiques. Avant de prendre cette nouvelle comme bonne, il faut savoir par rapport à quoi. En l’absence de précision, la donnée est détachée et ne dit rien si ce n’est que l’on doitacheter le produit sans raisons séreuses. La question est de savoir avec quoi on a fait la comparaison. Il suffit que le pain ayant servi à la comparaison soit très sucré pour que deux fois moins soit encore très sucré. Les tranches comparées sont-elles comparables, si la tranche est deux fois moins grosses que l’autre, alors elle a deux fois moins de sucre en proportion. Il s’agit donc d’être attentif et de prendre en compte toutes les informations et pas seulement celles que l’on nous met en avant. 

Le deuxième problème étudié : « le patient ne sait pas comment ce dont on parle est défini, ou encore, on a changé à son insu la définition en cours de route ». La solution : « toujours demander de quoi on parle et s’assurer que la définition n’a pas été subrepticement changée ».
Les définitions qu’on utilise pour parler des choses sont des constructions conventionnelles. En changeant la définition, on peut donner à penser que le réel a changé. En particulier, les données économiques, politiques et sociales doivent être examinées avec le plus grand soin, afin de s’assurer que la définition de ce qui est mesuré est claire, pertinente et constante. Si la définition ne répond pas à ces critères, il faut en chercher la justification.
Par exemple en 1996, sous la plume du chroniqueur du San Francisco Chronicle, des millions d’Américains sont soudainement devenus obèses sans prendre un seul kilo. Comment cela ? Le chroniqueur venait d’apprendre que l’obésité est définie par un indice de masse corporelle ou IMC. Or, selon l’Organisation Mondiale de la Santé, un IMC de 25 ou plus définit l’obésité, tandis qu’aux Etats-Unis, pour être considéré obèse, il faut avoir un IMC de 27,6 ou plus.
Un autre exemple, en 1998, le taux de chômage, en Grande Bretagne, fit un bond prodigieux, le nombre de chômeurs augmentant de 500 000 d’un seul coup faisant passer le taux de chômage de 5 à 7%. On peut se demander quelle calamité venait de frapper ce pays ? En fait aucune. On venait simplement de changer la définition du « chômeur » – comme on l’avait fait dans ce pays 32 fois en 18 ans. Chaque fois c’était pour diminuer le nombre des exclus du travail ; pour une fois le but était de l’augmenter.
La pensée critique nous enseigne de nous rappeler qu’une bonne définition est une convention qui n’est pas complètement arbitraire.
Il peut être intéressant de ne pas s’en tenir aux définitions habituelles. Dans ses travaux, Ivan Illich a développé une critique des sociétés industrielles centrée sur les notions de progrès et de croissance, e il a mis en lumière la réduction du citoyen au statut de consommateur, par l’œuvre de bureaucraties au service du productivisme. Les analyses d’Illich ont porté sur la médecine, le travail et le chômage, l’éducation, les transports et l’énergie. Prenons cette question des transports. Illich affirme que l’automobile individuelle est LA solution que notre civilisation donne au problème de se déplacer de façon efficace d’un point à un autre. Cette solution présente à côté d’avantages évidents, des défauts voire même des dangers bien réels – pour l’environnement, pour la santé, etc. – qu’on ne voit pas en premier ou qu’on préfère ignorer dans la griserie de la vitesse et de l’efficacité de la voiture. Mais peu à peu, l’outil devient contre-productif et les problèmes surgissent. Comme seule réponse, le système bureaucratique qui s’est mis en place entre-temps n’est capable que d’augmenter l’offre. Ainsi il ne fait qu’accentuer la cause des problèmes que l’on cherche à éliminer.
La voiture doit permettre de se rendre d’un point à un autre rapidement. Comme chacun a une voiture, il y a des embouteillages qui ralentissent considérablement la vitesse des déplacements, on construit alors encore plus d’autoroutes, de rocades, de ponts et ainsi de suite. Cela définit selon Illich, l’engrenage productiviste et son corollaire la contre productivité de l’outil.
Illich propose de repenser autrement toute la question. Et pour cela, il propose une nouvelle définition de la vitesse, qui demande pour cela que l’on considère le coût social de la voiture. On prendra en compte toutes ces heures d’immobilité, les heures de travail consenties pour payer la voiture, son essence, son entretien, ses assurances, les heures collectives nécessaires à l’usage de la voiture pour construire les routes, les autoroutes, les hôpitaux et tout le reste.
De ces calculs, Illich trouve que la vitesse sociale réelle de la voiture n’est pas significativement supérieure à celle … de la calèche

Lors de notre prochaine émission, nous continuerons à déjouer les pièges d’un usage abusif des mathématiques. 

Retrouvez sur le site du cercle libertaire jean-barrué (http://cerclelibertairejb33.free.fr ) nos chroniques en référence au « Petit cours d’autodéfense intellectuelle» de Normand Baillargeon. 

Un dernier conseil : lorsque vous entendez évoquer des données chiffrées, pensez toujours à voir si vous savez à quoi elles se réfèrent et si vous comprenez clairement la définition des notions évoquées et ne vous laissez pas impressionner. Déjà, cette analyse laissera moins de place à l’émotion manipulatrice voulue.

Alors, à dans quinze jours.
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