Chronique raisonnable n° 9 ou leçon d’autodéfense intellectuelle du jeudi 1er décembre 2011

Normal 0 21 MicrosoftInternetExplorer4

9ème Leçon d’autodéfense intellectuelle Jeudi 1er décembre 2011

 

Pour cette 9ème chronique raisonnable, toujours un même objectif :

o     apprendre à soumettre à la critique les informations reçues,

o     les soumettre à notre raisonnement afin

·        de prévenir les manipulations et

·        de démonter les croyances,

·        que chacun puisse faire sienne la pensée critique et

·        contrôler les peurs avec lesquelles les pouvoirs veulent nous manipuler.

Car « être libre, c’est ne plus avoir peur et être responsable de sa vie ».

 

Aujourd’hui, nous allons continuer ensemble l’étude des pièges d’un usage malicieux des mathématiques : afin d’apprendre à compter pour ne pas s’en laisser conter.

 

Lors de l’émission précédente nous avons exploré quelques pièges présentés dans ce chapitre sur les mathématiques, rappelez-vous !

 

Nous avons appris à ne pas nous laisser submerger par des avalanches de chiffres et à recompter les chiffres annoncés.

Nous avons appris à résister au terrorisme mathématique, à ne pas craindre de reconnaître que nous ignorons certaines formules mathématiques, à demander une démonstration accessible et à toujours garder le temps de la réflexion avant de conclure. On se rappelle comment le mathématicien Euler a faussement prétendu démontrer l’existence de Dieu à l’encyclopédiste Diderot en lui assénant une formule que ce dernier ne pouvait comprendre.

Nous avons appris quelques rudiments pour faire face aux grands nombres, tout d’abord nous avons clarifié le vocabulaire des milliards et des millions, nous avons conseillé de se familiariser avec les grands nombres c’est-à-dire de les rapprocher d’objets familiers qui sont en grands nombres comme les sièges d’un stade, puis nous avons suggéré d’utiliser la notation scientifique (les 10 à la puissance n), et de faire des exercices sur des grands nombres pour s’habituer à eux.

Continuons donc ainsi à observer des manifestations courantes de l’innumérisme et leur traitement.

 

Le problème étudié : « un gonflement des chiffres par suite de comptage multiple ». La solution : « Limiter le comptage de façon importante ».

Ce problème survient quand on compte plusieurs fois les entités ce qui amène à un total plus élevé que la réalité. Les risques d’apparition de ce problème sont plus forts quand on ignore ce que l’on veut exactement compter ou comment le cerner avec précision.

On a pu constater ce problème avec le décompte des victimes d’une catastrophe, lorsque les médias ou les services publics établissent le nombre des victimes du désastre en agrégeant des sources diverses comme les hôpitaux, la police, la morgue, les équipes paramédicales, etc. avec toutes les risques de reprise des mêmes informations. Ainsi Baillargeon cite l’exemple du tremblement de terre de San Francisco en 1989, le nombre des victimes a d’abord été évalué à 255, avant de diminuer progressivement et de se fixer à 64.

Dans cette catégorie, on peut mettre la question du comptage des manifestants, la fameuse différence entre les chiffres de la police et les chiffres des organisateurs. En général, le chiffre de la police se base sur un compteur positionné en début de manifestation. Il s’assure ainsi de ne jamais compter deux fois un même manifestant, par contre, il ne comptera jamais tous les manifestants qui prennent la manifestation en cours de trajet ou bien qui l’ont quitté avant sa position. Les organisateurs présents sur toute la manifestation tentent d’intégrer dans leurs calculs les manifestants qui ne font qu’un bout de parcours, les « compagnons de route » pourrait-on dire, ce faisant, ils prennent le risque de recompter plusieurs fois quelques manifestants qui ne restant pas à la même place, circulent le long de la manifestation. Pour les manifestations avec des nombres importants de manifestants, disons qui ne sont pas dénombrables d’un coup d’œil, on peut considérer que les personnes qui prennent une simple portion de la manifestation sont plus nombreuses, que les manifestants itinérants de la tête à la queue de la manifestation et vice versa. Si aucune des deux méthodes n’est fiable pour la question posée, le nombre total de manifestants ayant participé à la manifestation pour tout ou partie, la méthode policière est fiable pour ce qu’elle compte mais nécessairement erronée pour la question posée, elle représentera au mieux le nombre de manifestants passés à l’endroit du compteur. Et ici, on ne prend en considération que les chiffres transmis en interne à la police, on sait que ces chiffres déjà erronés peuvent faire l’objet de falsification de la part des autorités lorsqu’il s’agit de les communiquer aux médias.

 

 

Le problème étudié : « hallucinations de (supposées) pétrifiantes coïncidences numériques ». La solution : « apprendre à se calmer l’esprit par une meilleure connaissance des étonnantes propriétés des grands nombres ».

Il s’agit ici d’aborder la question de la numérologie, l’étude de prétendues propriétés occultes ou mystiques des nombres et de leur influence sur les êtres humains.

Souvent la numérologie prétend trouver le chiffre associé au nom d’une personne et la signification de ce chiffre. La technique consiste à associer chaque lettre du nom à un chiffre. Les chiffres sont additionnés, les chiffres du nombre ainsi obtenu sont à leur tout décomposés et à nouveau additionnés et ce jusqu’à l’obtention d’un chiffre unique (entre 1 et 9). On appelle cette technique le calcul du résidu d’un nombre. Il s’agit ensuite de prétendre que ce chiffre est associé à certains traits de caractères que l’on attribuera à la personne étudiée. Le pire est que la numérologie est présentée par ses adeptes comme une science.

C’est une forme de numérologie qui est utilisée pour la recherche de ce que l’on peut appeler de « pétrifiantes coïncidences », et par nombre de mouvements appelés « conspirationistes ». La numérologie traque les données chiffrées au sein d’un ensemble d’informations se rapportant à un évènement ou à plusieurs, afin de les comparer. Cela pourrait rester un simple jeu intellectuel, l’ennui c’est que la numérologie prétend que le hasard seul ne peut expliquer ces « pétrifiantes coïncidences », puis il prétend les attribuer à une quelconque force obscurantiste, une conspiration, le destin ou une force mystique.

 

Prenons pour exemple, la récolte des aspects numériques concernant le 11 septembre 2001. Le lendemain du drame, le magicien Uri Geller a soutenu que l’évènement devait être interprété en relation avec le nombre 11. Sur Uri Geller, on se rappellera qu’il se rendit célèbre dans les années 1970 en attribuant à des pouvoirs paranormaux, sa capacité à réaliser des tours de prestidigitations avant d’être démasqué en 1975 par le prestidigitateur J. Randin. Revenons à son interprétation du 11 comme la représentation « d’une connexion positive et une porte d’entrée vers le mystère de l’au-delà ». Rien que cela. Et pour appuyer sa prétendue « théorie », Geller énumère :

         La date de l’attaque est 9/11, donc 9 + 1 + 1 = 11 ;

         Le 11 septembre est le 254e jour de l’année, or 2 + 5 + 4 = 11 ;

         Il restait 111 jours à l’année 2001, le 11 septembre 2001 ;

         Le code téléphonique de l’Irak (et de l’Iran) est 119, soit 1 + 1 + 9 = 11 ;

         Le premier vol à frapper les tours était le vol 11 d’American Airlines – et puisque A est la première lettre de l’alphabet, AA peut s’écrire 11 ;

         L’Etat de New York a été le 11e à joindre l’union ;

         New York City se compose de 11 lettres ;

         Le navire USS qui était dans le Golfe durant l’attaque a pour numéro d’identification 65N, soit 6 + 5 = 11 ;

         Afghanistan se compose de 11 lettres ;

         The Pentagon se compose de 11 lettres ;

         L’attaque contre le World Trade Center de 1993 avait été organisée par Ramzi Yousef dont le nom se compose de 11 lettres ;

         Il y avait 92 personnes à bord du vol 11, soit 9 + 2 = 11 ;

         L’autre vol (le vol 77) avait 65 personnes à son bord, soit 6 +5 = 11 ;

         Zéro n’est pas un chiffre et si l’on l’ignore, le bâtiment comptait 11 étages ;

         Ceux qui détournèrent les avions habitaient à l’adresse 10 001 – ici encore il ne faut pas tenir compte des zéros ;

         Tous les noms suivants comptent 11 lettres : Georges W. Bush, Bill Clinton, Saudi Arabia, ww terrorism, Colin Powell, Mohamed Atta (le pilote qui fonça sur le World Trade Center).

 

En conclusion de son message listant ses « découvertes », Geller demandait de prier durant …, vous l’aurez deviné, … 11 minutes !

 

Un deuxième exemple montre des similitudes entre diverses données numériques se rapportant à deux événements, ici il s’agit des présidences d’Abraham Lincoln et de John F. Kennedy :

         Lincoln a été élu au Congrès en 1846, Kennedy en 1946 ;

         Lincoln a été élu président en 1860, Kennedy en 1960 ;

         Leurs noms de famille comptent chacun 7 lettres ;

         Leurs assassins, John Wilkes Booth (pour Lincoln) et Lee Harvey Oswald (pour Kennedy) ont trois composantes à leur nom, qui totalisent tous deux 15 lettres ;

         Tous deux furent tués le cinquième jour de la semaine ;

         Le successeur de Lincoln, Andrew Johnson, était né en 1808 ; Lyndon B. Johnson, celui de Kennedy était né en 1908 ;

         John Wilkes Booth était né en 1839 ; Lee Harvey Oswald, en 1939.

 

Ce que l’on constate est simple et peut s’expliquer facilement. Le phénomène est créé par les événements étudiés eux-mêmes et plus encore par la manière (vague) dont ils sont définis. Il existe en effet un nombre virtuellement infini de choses associées à ces événements que l’on peut exprimer par des nombres ; on en trouvera donc sans mal autant que l’on voudra où se trouve le même nombre. On pourra même donner une formulation mathématique précise à ce phénomène à l’aide des probabilités que nous aborderons ultérieurement. Nous y verrons comment des phénomènes qui nous semblent d’extraordinaires coïncidences sont en fait très probables si l’on tient compte des lois des grands nombres qui les régissent. L’erreur ou la supercherie est ic ide sélectionner arbitrairement des récurrences numériques qui ne sont en rien extraordinaire et de leur attribuer une signification.

 

Pour finir, il convient de rester sceptiques non seulement devant les interprétations proposer par les prétendus chercheurs en pseudosciences mais aussi devant les présumés faits. Par exemple, dans les listes précédentes, l’indicatif téléphonique de l’Irak n’est pas le 119, mais 964, quand à Booth, il était né en 1838.

 

Nous terminons ainsi cette nouvelle étude du chapitre des Mathématiques, dont l’objet est de déjouer les pièges d’un usage abusif avec l’étude des manifestations de l’innumérisme. Nous continuerons l’étude de ces manifestations de lors de notre prochaine émission.

 

Et bien sûr, n’oubliez pas notre ouvrage de référence : le « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Normand Baillargeon, et retrouvez toutes ces chroniques sur le site du cercle libertaire jean-barrué (http://cerclelibertairejb33.free.fr )

Lorsque vous entendez évoquer des données chiffrées, pensez à voir si vous avez les connaissances pour évaluer, comparer et à ne pas vous laisser impressionner. Déjà, cette analyse laissera moins de place à l’émotion manipulatrice voulue.

A dans quinze jours.

SharePARTAGER
Ce contenu a été publié dans Achaïra, Leçon raisonnable de philaud. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.