Insoumission poétique, Achaïra, 11 août 2011

Les tisonneurs de braises

Cette émission a été différée

Insoumission poétique
Tracts, affiches et déclarations du groupe de Paris du mouvement surréaliste, 1970-2010, présentés par Guy Girard avec le concours de Marie-Dominique Massoni,
Le Temps des cerises éd., 2011, 25 euros

Il y a deux termes que les journaleux pisseurs de copie, ou ceux qui causent dans les radios à grande audience, ou à la télévision, emploient avec une bêtise certaine, ce sont les adjectifs « surréaliste » et « anarchiste » !
− « Surréaliste » pour signifier loufoquerie, invraisemblance, absurdité, ineptie, etc.
− « Anarchiste » pour dire le désordre et le terrorisme.
Est-ce par ignorance ? Par imbécillité ? Ces mots sont-ils falsifiés délibérément ou tout simplement par esprit de nuisance ?
Quoi qu’il en soit, que la honte et le déshonneur recouvrent ces crétins !
À plusieurs reprises, on a tenté de jeté le surréalisme et l’anarchisme, un peu trop vite sans doute aucun, dans les oubliettes du temps ; ou alors, quand cela n’a pu se faire, le geste ayant manqué son but, on a essayé de les récupérer :
− Le surréalisme comme marchandise artistique.
− L’anarchisme, trop noir, en l’adoucissant avec du sucre « libertaire ».
Écartons les « libertariens » américains qui ne sont que de simples capitalistes !
Mais le surréalisme et l’anarchisme, tant l’un que l’autre, comme l’oiseau Phénix, renaissent régulièrement de leurs cendres devant des benêts incrédules.
En ce qui concerne le surréalisme, c’est Jean Schuster qui, par un article du journal le Monde du 4 octobre 1969, voulut décider que l’aventure du mouvement s’arrêtait là : on ne jouait plus, la partie était finie ! Il fallait se résoudre à emballer des mots démodés dans les livres d’histoire, à bader devant des images mortes épinglées comme des papillons dans les musées pour la distraction des foules du dimanche !
Mais il en alla autrement − nous savons maintenant que le printemps fleurit quand il veut et où il veut − puisque quelques irréductibles du groupe surréaliste parisien, appuyés par d’autres intraitables du groupe surréaliste tchèque et par d’autres encore dispersés dans les Amériques, en Scandinavie et ailleurs dans le monde, ne voulurent point lâcher ni le rêve, ni l’utopie, ni la révolte.
Ainsi, depuis, l’insoumission poétique surréaliste tient toujours fièrement la route ouverte par André Breton en l’année 1924.
L’ouvrage dont je vous parle en est un témoignage qui, certes, ne dira pas suffisamment la vie bien vivante des surréalistes de maintenant. Cependant, un texte : « Le fil rouge dans la corde à sauter », permettra, pour qui n’aurait pas suivi le déroulement de l’aventure, de raccrocher les événements les uns aux autres et de se rendre compte du foisonnement des activités.
Cet ouvrage nous offre ainsi un nombre de documents de qualité, documents qui sont en fait la suite des Documents surréalistes publiés en deux volumes par le Terrain vague en 1980-1982 ; documents qui retraçaient le parcours des surréalistes de 1922 à 1969. Il s’agit maintenant des années 1970 à 2010 ; et c’est pour l’essentiel la production des membres du groupe qui se réunissait à Paris. Le metteur en pages a d’ailleurs repris quasiment la maquette de la première formule.
Pour autant, l’ensemble paraît quand même léger comparé à l’édition du Terrain vague. Par exemple, je me demande pourquoi n’a pas été redonné le texte de Vincent Bounoure « Rien ou quoi », enquête engageant à une nouvelle activité collective. Par ailleurs, j’aurais aimé lire les diverses réponses du texte intitulé : « Pour communication ». Enfin, le texte commun des Praguois et des Parisiens − je veux parler de  la « Plate-forme de Prague » −, à mon avis, aurait eu sa place ici.
De même, il aurait été pertinent de publier un certain nombre de textes du Bulletin de liaison surréaliste, bulletin qui avait la qualité d’une revue très bien faite, bien que modeste, puis certains textes parmi le deux numéros de la revue Surréalisme.
Ce manque s’explique sans doute par des publications adjacentes plus ou moins discrètes ou tout simplement par une question financière.
Bien qu’il soit impossible de tout citer parmi ces nombreux textes, je veux en retenir quelques-uns, un peu au hasard :
« Tarif de nuit », de l’hiver 1995, pendant les grèves ; ce poème énergique fut répercuté par le Monde libertaire, le Combat syndicaliste, et lu à plusieurs reprises sur Radio libertaire.
En septembre 1996, « Peregrinatur Fœtiditas Sua », oui, un texte en latin ; autrement dit : « Sa puanteur voyage », lors du déplacement en France d’un certain Karol Wojtyla.
En octobre 1996, à Bordeaux, lors d’un Salon du livre, fut distribué un tract : « Imaginez un écrivain sans papiers ».
Et puis de nombreux textes individuels, souvent signés collectivement, comme « Montée au vent » de Marie-Dominique Massoni. C’était lors du colloque international sur la culture libertaire en 1996, en mars, à Grenoble.
Et puis les nombreux textes plus militants pour dire la solidarité avec Véronique Akobé, une femme de ménage noire, avec Mumia Abu-Jamal, avec Battisti et avec bien d’autres encore…
Citons également « Dieu divisé par quatre », d’Alfredo Fernandes :
« C’était au temps où la mort était très jeune, s’habillait tout de blanc, avait les yeux aussi bleus que l’azur et le regard étrangement fixe, braqué sur le ciel immense où nous voulions nous perdre pour tout oublier. »
Et puis je rajoute un passage qui, à l’époque, n’avait pas assez attiré mon attention :
« Les méthodes d’exploitation et de répression se sont perfectionnées beaucoup plus rapidement que les moyens de libération qui pouvaient leur être opposés. La supériorité des unes sur les autres est telle de nos jours qu’il n’est guère probable que le pouvoir puisse être battu sur son propre terrain, sauf par un pouvoir adverse, usant des mêmes armes et sujet aux mêmes abus. Il faut par conséquent mener aussi la lutte sur un autre terrain, qui est celui des réalités de la vie sensible et spirituelle, où le pouvoir est beaucoup moins bien organisé pour se défendre de la subversion. C’est qu’il est lui-même tributaire de forces irrationnelles dont le contrôle lui échappe et sur lesquelles il nous faudra agir pour l’abattre. Cela suppose que nous nous fixions des objectifs qui ne soient pas limités au seul domaine de la nécessité immédiate, mais qui soient de nature à aimanter tout le désir humain. Cela implique également que nous ne remettions pas à plus tard de répondre à la question du sens de la vie. »

« Ouverture », Surréalisme, n° 1, 1977.

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